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Réduction

Exercices de réduction tombés à Centrale PC en 2020 : valeurs propres, diagonalisation, nilpotence, similitude et sous-espaces stables.

Exercices 2020

Exercice 1—Matrices de trace nulle et commutateurs

Exercice tombé en 2020 · RMS 1048

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit

H={M∈Mn(R) ; tr⁡(M)=0}.H=\{M\in\mathcal M_n(\mathbb R)\,;\,\operatorname{tr}(M)=0\}.
  1. Montrer que HH est un sous-espace vectoriel de Mn(R)\mathcal M_n(\mathbb R) et déterminer sa dimension.
  2. Montrer que toute matrice de HH est semblable à une matrice de diagonale nulle.
  3. Montrer que toute matrice de HH peut s’écrire AB−BAAB-BA avec A,B∈Mn(R)A,B\in\mathcal M_n(\mathbb R).
Indication›

Pour la deuxième question, raisonner par récurrence sur nn et distinguer le cas d’une matrice scalaire.

Pour la troisième, introduire D=diag⁡(1,2,…,n)D=\operatorname{diag}(1,2,\ldots,n) et étudier l’image de l’application N↦DN−NDN\mapsto DN-ND.

Corrigé›

1. L’hyperplan des matrices de trace nulle

L’application trace est une forme linéaire non nulle sur Mn(R)\mathcal M_n(\mathbb R). Ainsi

H=ker⁡(tr⁡)H=\ker(\operatorname{tr})

est un sous-espace vectoriel, et comme dim⁡Mn(R)=n2\dim\mathcal M_n(\mathbb R)=n^2,

dim⁡H=n2−1.\boxed{\dim H=n^2-1}.

2. Une matrice de trace nulle est semblable à une matrice de diagonale nulle

Montrons par récurrence sur n≥1n\geq1 la propriété suivante :

(Pn)Toute matrice de trace nulle de Mn(R) est semblable aˋ une matrice de diagonale nulle.(P_n)\quad\text{Toute matrice de trace nulle de }\mathcal M_n(\mathbb R)\text{ est semblable à une matrice de diagonale nulle.}

Le cas n=1n=1 est immédiat.

Supposons (Pn−1)(P_{n-1}) vraie et soit A∈Mn(R)A\in\mathcal M_n(\mathbb R) de trace nulle.

Si A=λInA=\lambda I_n, alors 0=tr⁡(A)=nλ0=\operatorname{tr}(A)=n\lambda, donc A=0A=0, et le résultat est clair.

Supposons maintenant AA non scalaire. L’endomorphisme associé n’est pas une homothétie. Il existe donc un vecteur e1e_1 tel que e1e_1 et e2=f(e1)e_2=f(e_1) soient linéairement indépendants.

On complète (e1,e2)(e_1,e_2) en une base. Dans cette base, la matrice de ff est de la forme

B=(0LCB0).B=\begin{pmatrix}0&L\\C&B_0\end{pmatrix}.

Le premier coefficient diagonal est nul, et comme tr⁡(B)=tr⁡(A)=0\operatorname{tr}(B)=\operatorname{tr}(A)=0, on a tr⁡(B0)=0\operatorname{tr}(B_0)=0.

Par hypothèse de récurrence, B0B_0 est semblable à une matrice C0C_0 de diagonale nulle. Il existe donc Q∈GLn−1(R)Q\in GL_{n-1}(\mathbb R) tel que

Q−1B0Q=C0.Q^{-1}B_0Q=C_0.

Avec P=diag⁡(1,Q)P=\operatorname{diag}(1,Q), la matrice P−1BPP^{-1}BP a alors tous ses coefficients diagonaux nuls. La récurrence est achevée.

3. Écriture comme commutateur

Posons

D=diag⁡(1,2,…,n)D=\operatorname{diag}(1,2,\ldots,n)

et définissons

g:N⟼DN−ND.g:N\longmapsto DN-ND.

Si N=(ni,j)N=(n_{i,j}), alors

g(N)=((i−j)ni,j)1≤i,j≤n.g(N)=\bigl((i-j)n_{i,j}\bigr)_{1\leq i,j\leq n}.

Ainsi Im⁡g\operatorname{Im}g est contenue dans le sous-espace ZZ des matrices de diagonale nulle.

De plus, g(N)=0g(N)=0 si et seulement si NN est diagonale. Donc

dim⁡ker⁡g=n\dim\ker g=n

et, par le théorème du rang,

dim⁡Im⁡g=n2−n=dim⁡Z.\dim\operatorname{Im}g=n^2-n=\dim Z.

On a donc Im⁡g=Z\operatorname{Im}g=Z.

Soit maintenant M∈HM\in H. D’après la question précédente, il existe P∈GLn(R)P\in GL_n(\mathbb R) et Z∈ZZ\in Z tels que

M=PZP−1.M=PZP^{-1}.

Comme Z∈Im⁡gZ\in\operatorname{Im}g, il existe NN tel que Z=DN−NDZ=DN-ND. Alors

M=P(DN−ND)P−1=(PDP−1)(PNP−1)−(PNP−1)(PDP−1).\begin{aligned} M&=P(DN-ND)P^{-1}\\ &=(PDP^{-1})(PNP^{-1})-(PNP^{-1})(PDP^{-1}). \end{aligned}

En posant A=PDP−1A=PDP^{-1} et B=PNP−1B=PNP^{-1},

M=AB−BA.\boxed{M=AB-BA}.

Exercice 2—Similitude réelle à partir d’une similitude complexe

Exercice tombé en 2020 · RMS 1049

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient A,B∈Mn(R)A,B\in\mathcal M_n(\mathbb R) deux matrices réelles semblables dans Mn(C)\mathcal M_n(\mathbb C). Montrer qu’elles sont semblables dans Mn(R)\mathcal M_n(\mathbb R).

Indication›

Écrire une matrice de passage complexe sous la forme P=Q+iRP=Q+iR avec Q,RQ,R réelles, puis considérer det⁡(Q+zR)\det(Q+zR).

Corrigé›

Il existe P∈GLn(C)P\in GL_n(\mathbb C) telle que

P−1AP=B,P^{-1}AP=B,

c’est-à-dire AP=PBAP=PB. Écrivons

P=Q+iR,Q,R∈Mn(R).P=Q+iR,\qquad Q,R\in\mathcal M_n(\mathbb R).

En identifiant les parties réelle et imaginaire dans AP=PBAP=PB, on obtient

AQ=QBetAR=RB.AQ=QB\qquad\text{et}\qquad AR=RB.

Donc, pour tout z∈Cz\in\mathbb C,

A(Q+zR)=(Q+zR)B.A(Q+zR)=(Q+zR)B.

Considérons le polynôme

f(z)=det⁡(Q+zR).f(z)=\det(Q+zR).

On a

f(i)=det⁡(Q+iR)=det⁡P≠0.f(i)=\det(Q+iR)=\det P\neq0.

Ainsi ff n’est pas le polynôme nul. Il n’a qu’un nombre fini de racines complexes. Il existe donc x0∈Rx_0\in\mathbb R tel que f(x0)≠0f(x_0)\neq0.

Posons P0=Q+x0RP_0=Q+x_0R. Alors P0∈GLn(R)P_0\in GL_n(\mathbb R) et

AP0=P0B.AP_0=P_0B.

Par conséquent,

P0−1AP0=B.\boxed{P_0^{-1}AP_0=B}.

Exercice 3—Sous-espace engendré par les matrices nilpotentes

Exercice tombé en 2020 · RMS 1050

DifficultéÀ définir

Énoncé

  1. L’ensemble des matrices nilpotentes est-il un sous-espace vectoriel de Mn(R)\mathcal M_n(\mathbb R) ?
  2. Déterminer le sous-espace vectoriel engendré par les matrices nilpotentes.
Indication›

Pour la première question, regarder E1,2E_{1,2} et E2,1E_{2,1}.

Pour la seconde, montrer d’abord que toute combinaison linéaire de matrices nilpotentes est de trace nulle, puis décomposer une matrice de trace nulle en somme de matrices nilpotentes.

Corrigé›

1. Ce n’est pas un sous-espace vectoriel

Les matrices E1,2E_{1,2} et E2,1E_{2,1} sont nilpotentes, mais

E1,2+E2,1E_{1,2}+E_{2,1}

ne l’est pas. L’ensemble des matrices nilpotentes n’est donc pas stable par addition.

2. Sous-espace engendré

Notons N\mathcal N l’ensemble des matrices nilpotentes et

H={M∈Mn(R) ; tr⁡(M)=0}.H=\{M\in\mathcal M_n(\mathbb R)\,;\,\operatorname{tr}(M)=0\}.

Toute matrice nilpotente a toutes ses valeurs propres nulles, donc sa trace est nulle. Par linéarité,

Vect⁡(N)⊂H.\operatorname{Vect}(\mathcal N)\subset H.

Réciproquement, soit A=(ai,j)∈HA=(a_{i,j})\in H. On va annuler successivement les coefficients diagonaux en retranchant des matrices nilpotentes.

Si a1,1≠0a_{1,1}\neq0, posons N1N_1 nulle sauf sur le bloc des indices 1,21,2, où

N1∣{1,2}=(a1,1−a1,1a1,1−a1,1).N_1|_{\{1,2\}}= \begin{pmatrix} a_{1,1}&-a_{1,1}\\ a_{1,1}&-a_{1,1} \end{pmatrix}.

On a N12=0N_1^2=0, donc N1N_1 est nilpotente, et A1=A−N1A_1=A-N_1 vérifie encore tr⁡(A1)=0\operatorname{tr}(A_1)=0 avec premier coefficient diagonal nul.

On recommence sur les indices 2,32,3, puis 3,43,4, etc. On construit ainsi des matrices nilpotentes N1,…,Nn−1N_1,\ldots,N_{n-1} telles que

An−1=A−N1−⋯−Nn−1A_{n-1}=A-N_1-\cdots-N_{n-1}

a ses n−1n-1 premiers coefficients diagonaux nuls. Comme sa trace est nulle, le dernier l’est aussi.

La matrice An−1A_{n-1} est donc de diagonale nulle. Elle se décompose en somme de sa partie strictement triangulaire inférieure TiT_i et de sa partie strictement triangulaire supérieure TsT_s. Ces deux matrices sont nilpotentes.

Ainsi

A=Ti+Ts+N1+⋯+Nn−1A=T_i+T_s+N_1+\cdots+N_{n-1}

est somme de matrices nilpotentes. Donc H⊂Vect⁡(N)H\subset\operatorname{Vect}(\mathcal N).

Vect⁡(N)={M∈Mn(R) ; tr⁡(M)=0}\boxed{\operatorname{Vect}(\mathcal N)=\{M\in\mathcal M_n(\mathbb R)\,;\,\operatorname{tr}(M)=0\}}

Exercice 4—Diagonalisation d’une matrice en étoile

Exercice tombé en 2020 · RMS 1051

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient a1,…,an−1,b1,…,bn−1∈Ra_1,\ldots,a_{n-1},b_1,\ldots,b_{n-1}\in\mathbb R. On considère la matrice M=(mi,j)∈Mn(R)M=(m_{i,j})\in\mathcal M_n(\mathbb R) telle que, pour 1≤i≤n−11\leq i\leq n-1,

mn,i=ai,mi,n=bi,m_{n,i}=a_i,\qquad m_{i,n}=b_i,

tous les autres coefficients étant nuls.

Donner une condition nécessaire et suffisante pour que MM soit diagonalisable sur R\mathbb R.

Indication›

Calculer le polynôme caractéristique, puis distinguer les cas suivant S=∑i=1n−1aibiS=\sum_{i=1}^{n-1}a_ib_i et suivant que les deux familles (ai)(a_i) et (bi)(b_i) sont nulles ou non.

Corrigé›

Pour λ≠0\lambda\neq0, une opération sur la dernière colonne donne

χM(λ)=λn−2(λ2−∑i=1n−1aibi).\chi_M(\lambda)=\lambda^{n-2}\left(\lambda^2-\sum_{i=1}^{n-1}a_ib_i\right).

Cette identité étant polynomiale, elle reste vraie pour λ=0\lambda=0. Posons

S=∑i=1n−1aibi.S=\sum_{i=1}^{n-1}a_ib_i.

Si (a1,…,an−1)=0(a_1,\ldots,a_{n-1})=0, alors M2=0M^2=0. Une matrice nilpotente diagonalisable est nulle ; ainsi MM est diagonalisable si et seulement si (b1,…,bn−1)=0(b_1,\ldots,b_{n-1})=0. Même conclusion en échangeant les rôles de aa et bb.

Supposons désormais les deux familles non nulles. Alors rg⁡(M)=2\operatorname{rg}(M)=2, donc

dim⁡E0(M)=n−2.\dim E_0(M)=n-2.
  • Si S=0S=0, le polynôme caractéristique vaut XnX^n, alors que l’espace propre associé à 0 n’est que de dimension n−2n-2 : MM n’est pas diagonalisable.
  • Si S<0S<0, χM\chi_M n’est pas scindé sur R\mathbb R, donc MM n’est pas diagonalisable sur R\mathbb R.
  • Si S>0S>0, les valeurs propres sont 00, S\sqrt S et −S-\sqrt S. Les deux dernières sont simples, et l’espace propre associé à 0 est de dimension n−2n-2 : la somme des dimensions des espaces propres vaut nn.

Finalement,

M est diagonalisable  ⟺  [a1=⋯=an−1=b1=⋯=bn−1=0ou∑i=1n−1aibi>0]\boxed{ M\text{ est diagonalisable} \iff \left[ \begin{array}{c} a_1=\cdots=a_{n-1}=b_1=\cdots=b_{n-1}=0\\ \text{ou}\\ \displaystyle\sum_{i=1}^{n-1}a_ib_i>0 \end{array} \right] }

Exercice 5—Valeurs propres d’une matrice de rang deux

Exercice tombé en 2020 · RMS 1052 · Python

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit An=(ai,j)∈Mn(R)A_n=(a_{i,j})\in\mathcal M_n(\mathbb R) telle que

a1,j=an,j=aj,1=1(1≤j≤n),a_{1,j}=a_{n,j}=a_{j,1}=1\quad(1\leq j\leq n),

les autres coefficients étant nuls.

  1. Donner le rang de AnA_n.
  2. Calculer à l’aide de Python les valeurs propres de AnA_n pour n∈{2,…,6}n\in\{2,\ldots,6\}.
  3. Calculer tr⁡(An2)\operatorname{tr}(A_n^2).
  4. En déduire les valeurs propres de AnA_n.
Indication›

Pour n≥3n\geq3, le rang vaut 2. Il ne reste donc que deux valeurs propres éventuellement non nulles ; utiliser leur somme et la somme de leurs carrés.

Corrigé›

1. Rang

On lit directement sur les colonnes que

rg⁡(An)=1 pour n=2,rg⁡(An)=2 pour n≥3.\operatorname{rg}(A_n)=1\text{ pour }n=2,\qquad \operatorname{rg}(A_n)=2\text{ pour }n\geq3.

2. Vérification Python

import numpy as np
import numpy.linalg as alg

def M(n):
    A = np.zeros((n, n))
    for j in range(n):
        A[0, j] = A[n-1, j] = 1
    for i in range(1, n-1):
        A[i, 0] = 1
    return A

for n in range(2, 7):
    print(alg.eigvals(M(n)))

3. Trace de An2A_n^2

Un calcul direct donne sur la diagonale de An2A_n^2 les coefficients n,1,…,1,nn,1,\ldots,1,n. Ainsi

tr⁡(An2)=2n.\boxed{\operatorname{tr}(A_n^2)=2n}.

4. Valeurs propres

Pour n≥3n\geq3, le rang vaut 2, donc 0 est valeur propre de multiplicité au moins n−2n-2. Le polynôme caractéristique s’écrit

χAn(X)=Xn−2(X−λ)(X−μ).\chi_{A_n}(X)=X^{n-2}(X-\lambda)(X-\mu).

Comme tr⁡(An)=2\operatorname{tr}(A_n)=2 et tr⁡(An2)=2n\operatorname{tr}(A_n^2)=2n,

λ+μ=2,λ2+μ2=2n.\lambda+\mu=2,\qquad \lambda^2+\mu^2=2n.

On obtient, à l’ordre près,

λ=1+n−1,μ=1−n−1.\lambda=1+\sqrt{n-1},\qquad \mu=1-\sqrt{n-1}.

Donc

Sp⁡(An)={0,1−n−1,1+n−1}\boxed{\operatorname{Sp}(A_n)=\{0,1-\sqrt{n-1},1+\sqrt{n-1}\}}

avec 0 de multiplicité n−2n-2 lorsque n≥3n\geq3.

Exercice 6—Supplémentaire stable d’un sous-espace

Exercice tombé en 2020 · RMS 1053

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient EE un espace vectoriel de dimension finie et ff un endomorphisme diagonalisable de EE. Soit FF un sous-espace vectoriel de EE. Montrer que FF admet un supplémentaire GG stable par ff.

Indication›

Prendre une base de FF et une base de EE constituée de vecteurs propres de ff, puis compléter la première base en choisissant des vecteurs dans la seconde.

Corrigé›

Soit (e1,…,ep)(e_1,\ldots,e_p) une base de FF, et soit (e1′,…,en′)(e'_1,\ldots,e'_n) une base de EE constituée de vecteurs propres de ff.

On complète la famille (e1,…,ep)(e_1,\ldots,e_p) en une base de EE en choisissant des vecteurs parmi e1′,…,en′e'_1,\ldots,e'_n. Quitte à les réindexer, on obtient une base

(e1,…,ep,ep+1′,…,en′).(e_1,\ldots,e_p,e'_{p+1},\ldots,e'_n).

Posons

G=Vect⁡(ep+1′,…,en′).G=\operatorname{Vect}(e'_{p+1},\ldots,e'_n).

Alors E=F⊕GE=F\oplus G. De plus, GG est engendré par des vecteurs propres de ff, donc il est stable par ff.

E=F⊕Gavec f(G)⊂G.\boxed{E=F\oplus G\quad\text{avec }f(G)\subset G.}

Exercice 7—L’endomorphisme M ↦ AM − MA

Exercice tombé en 2020 · RMS 1054

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit A∈Mn(R)A\in\mathcal M_n(\mathbb R) et

A:M⟼AM−MA.\mathcal A:M\longmapsto AM-MA.
  1. L’endomorphisme A\mathcal A est-il injectif ?
  2. Soit BB telle que A(B)=B\mathcal A(B)=B. Montrer que, pour tout k∈N∗k\in\mathbb N^*, ABk−BkA=kBkAB^k-B^kA=kB^k. En déduire que BB est nilpotente.
  3. Soit N=(ni,j)N=(n_{i,j}) définie par ni,i+1=1n_{i,i+1}=1 pour 1≤i≤n−11\leq i\leq n-1, les autres coefficients étant nuls. Donner une condition nécessaire et suffisante sur AA pour que NN soit vecteur propre de A\mathcal A associé à la valeur propre 1.
Indication›

Pour la deuxième question, faire une récurrence sur kk. Si BB n’était pas nilpotente, on obtiendrait une infinité de valeurs propres distinctes de A\mathcal A.

Pour la dernière, traduire AN−NA=NAN-NA=N en termes de colonnes de AA.

Corrigé›

1. Injectivité

Non, puisque

A(In)=AIn−InA=0\mathcal A(I_n)=AI_n-I_nA=0

alors que In≠0I_n\neq0.

2. Puissances de BB

L’hypothèse A(B)=B\mathcal A(B)=B s’écrit

AB−BA=B.AB-BA=B.

Montrons par récurrence que

ABk−BkA=kBk.AB^k-B^kA=kB^k.

Le cas k=1k=1 est l’hypothèse. Si la formule est vraie au rang kk, alors

ABk+1−Bk+1A=(ABk−BkA)B+Bk(AB−BA)=kBk+1+Bk+1=(k+1)Bk+1.\begin{aligned} AB^{k+1}-B^{k+1}A &=(AB^k-B^kA)B+B^k(AB-BA)\\ &=kB^{k+1}+B^{k+1}\\ &=(k+1)B^{k+1}. \end{aligned}

Si BB n’était pas nilpotente, alors Bk≠0B^k\neq0 pour tout kk. L’égalité précédente signifie alors

A(Bk)=kBk,\mathcal A(B^k)=kB^k,

donc tous les entiers positifs seraient valeurs propres de l’endomorphisme A\mathcal A. C’est impossible dans l’espace de dimension finie Mn(R)\mathcal M_n(\mathbb R). Ainsi

B est nilpotente.\boxed{B\text{ est nilpotente}.}

3. Condition sur AA

Notons X1,…,XnX_1,\ldots,X_n les colonnes de AA et écrivons

Xn=(a1,…,an)T.X_n=(a_1,\ldots,a_n)^T.

La condition recherchée est

AN−NA=N.AN-NA=N.

Elle donne successivement

Xn−1=NXn+En−1=(a2,…,an−1,1+an,0)T,Xn−2=NXn−1+En−2=(a3,…,an−1,2+an,0,0)T,\begin{aligned} X_{n-1}&=NX_n+E_{n-1}=(a_2,\ldots,a_{n-1},1+a_n,0)^T,\\ X_{n-2}&=NX_{n-1}+E_{n-2}=(a_3,\ldots,a_{n-1},2+a_n,0,0)^T, \end{aligned}

et, de proche en proche,

X2=(an−1,n−2+an,0,…,0)T,X1=(n−1+an,0,…,0)T.X_2=(a_{n-1},n-2+a_n,0,\ldots,0)^T,\qquad X_1=(n-1+a_n,0,\ldots,0)^T.

On obtient donc exactement les matrices de la forme

A=(an+n−1an−1an−2⋯a10an+n−2an−1⋯a2⋮⋱⋱⋱⋮0⋯0an+1an−10⋯⋯0an)\boxed{ A= \begin{pmatrix} a_n+n-1&a_{n-1}&a_{n-2}&\cdots&a_1\\ 0&a_n+n-2&a_{n-1}&\cdots&a_2\\ \vdots&\ddots&\ddots&\ddots&\vdots\\ 0&\cdots&0&a_n+1&a_{n-1}\\ 0&\cdots&\cdots&0&a_n \end{pmatrix} }

et la réciproque se vérifie immédiatement en calculant AN−NAAN-NA.

Exercice 8—Commutateur central et nilpotence

Exercice tombé en 2020 · RMS 1055

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit M∈Mn(C)M\in\mathcal M_n(\mathbb C).

  1. Montrer que MM est nilpotente si et seulement si Sp⁡(M)={0}\operatorname{Sp}(M)=\{0\}.
  2. Soient A,B∈Mn(C)A,B\in\mathcal M_n(\mathbb C) etC=[A,B]=AB−BAC=[A,B]=AB-BA. On suppose queCC commute avec AAet BB. Montrer que, pour toutk∈N∗k\in\mathbb N^*,tr⁡(Ck)=0\operatorname{tr}(C^k)=0. En déduire queCC est nilpotente.
Indication›

Pour les traces, écrire Ck+1=Ck(AB−BA)C^{k+1}=C^k(AB-BA)puis utiliser la commutation de CC avecA,BA,B et la cyclicité de la trace. Pour conclure, utiliser un système de Vandermonde sur les valeurs propres non nulles distinctes deCC.

Corrigé›

1. Caractérisation spectrale de la nilpotence

Si MM est nilpotente, il existerr tel que Mr=0M^r=0. Si λ\lambda est une valeur propre deMM, alors λr\lambda^rest valeur propre de MrM^r, doncλr=0\lambda^r=0 et λ=0\lambda=0.

Réciproquement, si Sp⁡(M)={0}\operatorname{Sp}(M)=\{0\}, la matrice MM est trigonalisable surC\mathbb C et semblable à une matrice triangulaire supérieure de diagonale nulle, donc strictement triangulaire supérieure. Une telle matrice est nilpotente.

M nilpotente  ⟺  Sp⁡(M)={0}.\boxed{M\text{ nilpotente}\iff\operatorname{Sp}(M)=\{0\}.}

2. Le commutateur CC

Pour tout k∈Nk\in\mathbb N,

tr⁡(Ck+1)=tr⁡(CkAB)−tr⁡(CkBA).\operatorname{tr}(C^{k+1}) =\operatorname{tr}(C^kAB)-\operatorname{tr}(C^kBA).

Comme CkC^k commute avec AA et BB,

tr⁡(CkBA)=tr⁡(BCkA)=tr⁡(ABCk)=tr⁡(CkAB).\begin{aligned} \operatorname{tr}(C^kBA) &=\operatorname{tr}(BC^kA)\\ &=\operatorname{tr}(ABC^k)\\ &=\operatorname{tr}(C^kAB). \end{aligned}

Donc

tr⁡(Cm)=0pour tout m≥1.\boxed{\operatorname{tr}(C^m)=0\quad\text{pour tout }m\geq1}.

Supposons par l’absurde que CC ne soit pas nilpotente. D’après la première question, CC possède au moins une valeur propre non nulle. Notons λ1,…,λp\lambda_1,\ldots,\lambda_p ses valeurs propres non nulles distinctes, de multiplicités respectives m1,…,mpm_1,\ldots,m_p.

En trigonalisant CC, on obtient pour tout k≥1k\geq1

0=tr⁡(Ck)=∑i=1pmiλik.0=\operatorname{tr}(C^k)=\sum_{i=1}^{p}m_i\lambda_i^k.

Si p=1p=1, l’égalité pour k=1k=1donne m1λ1=0m_1\lambda_1=0, contradiction.

Si p≥2p\geq2, les égalités pourk=1,…,pk=1,\ldots,p forment un système homogène en les inconnuesm1,…,mpm_1,\ldots,m_p, de déterminant

(∏i=1pλi)∏1≤i<j≤p(λj−λi)≠0.\left(\prod_{i=1}^{p}\lambda_i\right) \prod_{1\leq i<j\leq p}(\lambda_j-\lambda_i)\neq0.

Le système n’admet donc que la solution nulle, contradiction puisque les multiplicités sont strictement positives.

Il n’existe donc aucune valeur propre non nulle, et la première question donne

C est nilpotente.\boxed{C\text{ est nilpotente}.}

Exercice 9—Vecteur cyclique et espaces propres de dimension 1

Exercice tombé en 2020 · RMS 1056

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient EE un espace vectoriel de dimension finienn et f∈L(E)f\in\mathcal L(E)diagonalisable. Montrer qu’il existe x∈Ex\in E tel que(x,f(x),…,fn−1(x))(x,f(x),\ldots,f^{n-1}(x)) soit libre si et seulement si les sous-espaces propres de ff sont de dimension 1.

Indication›

Dans le sens direct, utiliser la base (x,f(x),…,fn−1(x))(x,f(x),\ldots,f^{n-1}(x)) et regarder le rang de f−λid⁡f-\lambda\operatorname{id}.

Dans le sens réciproque, choisir une base de vecteurs propres associée à des valeurs propres toutes distinctes et prendre x=e1+⋯+enx=e_1+\cdots+e_n.

Corrigé›

Sens direct

Supposons que B=(x,f(x),…,fn−1(x))\mathcal B=(x,f(x),\ldots,f^{n-1}(x))soit libre. Comme elle contient nn vecteurs, c’est une base deEE. Dans cette base, la matrice de ffest de la forme

A=(00⋯0a110⋱⋮a201⋱0⋮⋮⋱⋱⋮⋮0⋯01an).A= \begin{pmatrix} 0&0&\cdots&0&a_1\\ 1&0&\ddots&\vdots&a_2\\ 0&1&\ddots&0&\vdots\\ \vdots&\ddots&\ddots&\vdots&\vdots\\ 0&\cdots&0&1&a_n \end{pmatrix}.

Si λ∈Sp⁡(f)\lambda\in\operatorname{Sp}(f), alorsrg⁡(f−λid⁡)≤n−1\operatorname{rg}(f-\lambda\operatorname{id})\leq n-1. Mais la matrice A−λInA-\lambda I_n possède dans sesn−1n-1 premières colonnes une structure échelonnée avec des 1 sur la sous-diagonale, donc son rang est au moins n−1n-1.

Ainsi

rg⁡(f−λid⁡)=n−1\operatorname{rg}(f-\lambda\operatorname{id})=n-1

et, par le théorème du rang,

dim⁡Eλ(f)=1.\boxed{\dim E_\lambda(f)=1}.

Réciproque

Supposons maintenant que tous les sous-espaces propres soient de dimension 1. Commeff est diagonalisable, il possède alorsnn valeurs propres distinctesλ1,…,λn\lambda_1,\ldots,\lambda_n, et une base(e1,…,en)(e_1,\ldots,e_n) telle que

f(ei)=λiei.f(e_i)=\lambda_i e_i.

Posons

x=∑i=1nei.x=\sum_{i=1}^{n}e_i.

Alors, pour tout k∈Nk\in\mathbb N,

fk(x)=∑i=1nλikei.f^k(x)=\sum_{i=1}^{n}\lambda_i^k e_i.

Le déterminant des coordonnées de (x,f(x),…,fn−1(x))(x,f(x),\ldots,f^{n-1}(x)) dans la base (ei)(e_i) est un Vandermonde :

det⁡=∣1λ1λ12⋯λ1n−11λ2λ22⋯λ2n−1⋮⋮⋮⋮1λnλn2⋯λnn−1∣=∏1≤i<j≤n(λj−λi)≠0.\det= \begin{vmatrix} 1&\lambda_1&\lambda_1^2&\cdots&\lambda_1^{n-1}\\ 1&\lambda_2&\lambda_2^2&\cdots&\lambda_2^{n-1}\\ \vdots&\vdots&\vdots&&\vdots\\ 1&\lambda_n&\lambda_n^2&\cdots&\lambda_n^{n-1} \end{vmatrix} =\prod_{1\leq i<j\leq n}(\lambda_j-\lambda_i)\neq0.

La famille est donc libre.

Exercice 10—Matrice compagnon et puissances des racines

Exercice tombé en 2020 · RMS 1057 · Python

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit EE l’ensemble des polynômes à coefficients dans Z\mathbb Z.

  1. Soient (a0,…,an−1)∈Cn(a_0,\ldots,a_{n-1})\in\mathbb C^n et
    A=(0⋯⋯0−a01⋱⋮−a10⋱⋱⋮⋮⋮⋱⋱0−an−20⋯01−an−1).A= \begin{pmatrix} 0&\cdots&\cdots&0&-a_0\\ 1&\ddots&&\vdots&-a_1\\ 0&\ddots&\ddots&\vdots&\vdots\\ \vdots&\ddots&\ddots&0&-a_{n-2}\\ 0&\cdots&0&1&-a_{n-1} \end{pmatrix}.
    Calculer le polynôme caractéristique de AA.
  2. Soit P(X)=(X−λ1)⋯(X−λn)∈EP(X)=(X-\lambda_1)\cdots(X-\lambda_n)\in E. Pour q∈N∗q\in\mathbb N^*, on définit
    rq(P)=(X−λ1q)⋯(X−λnq).r_q(P)=(X-\lambda_1^q)\cdots(X-\lambda_n^q).
    1. Écrire une fonction Python r(q,P)r(q,P) qui renvoie rq(P)r_q(P).
    2. Tester pour quelques valeurs. Que peut-on conjecturer ?
    3. Démontrer la conjecture à l’aide de la première question.
Indication›

La matrice de la première question est la matrice compagnon du polynômeXn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0X^n+a_{n-1}X^{n-1}+\cdots+a_1X+a_0. Pour la dernière question, appliquer le résultat à la puissance AqA^q.

Corrigé›

1. Polynôme caractéristique

On calcule

χA(λ)=∣λ0⋯0a0−1λ⋱⋮a10−1⋱0⋮⋮⋱⋱λan−20⋯0−1λ+an−1∣.\chi_A(\lambda)= \begin{vmatrix} \lambda&0&\cdots&0&a_0\\ -1&\lambda&\ddots&\vdots&a_1\\ 0&-1&\ddots&0&\vdots\\ \vdots&\ddots&\ddots&\lambda&a_{n-2}\\ 0&\cdots&0&-1&\lambda+a_{n-1} \end{vmatrix}.

En effectuant

L1←L1+∑i=2nλi−1Li,L_1\leftarrow L_1+\sum_{i=2}^{n}\lambda^{i-1}L_i,

la première ligne devient nulle sauf en dernière position, où l’on obtient

P(λ)=λn+an−1λn−1+⋯+a1λ+a0.P(\lambda)=\lambda^n+a_{n-1}\lambda^{n-1}+\cdots+a_1\lambda+a_0.

Le développement suivant la première ligne donne donc

χA(X)=Xn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0.\boxed{\chi_A(X)=X^n+a_{n-1}X^{n-1}+\cdots+a_1X+a_0}.

2.a. Fonction Python

import numpy as np
from numpy.polynomial import Polynomial

def r(q, P):
    racines = P.roots()
    R = Polynomial([1])
    for k in range(len(racines)):
        R *= Polynomial([-racines[k]**q, 1])
    return R

2.b. Conjecture

P = Polynomial([2, -5, 1])
for q in range(2, 6):
    print(r(q, P))

On conjecture :

P unitaire aˋ coefficients entiers⟹rq(P) unitaire aˋ coefficients entiers.\boxed{P\text{ unitaire à coefficients entiers}\Longrightarrow r_q(P)\text{ unitaire à coefficients entiers}.}

2.c. Preuve

Lemme. Si une matrice est à coefficients entiers, son polynôme caractéristique est à coefficients entiers. Cela découle immédiatement de la formule du déterminant, ou par récurrence sur la taille.

Écrivons

P(X)=Xn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0=(X−λ1)⋯(X−λn).P(X)=X^n+a_{n-1}X^{n-1}+\cdots+a_1X+a_0=(X-\lambda_1)\cdots(X-\lambda_n).

Introduisons la matrice compagnon AA de la première question. Elle est à coefficients entiers, donc AqA^q aussi.

La matrice AA est trigonalisable sur C\mathbb C, semblable à une matrice triangulaire supérieure de diagonale λ1,…,λn\lambda_1,\ldots,\lambda_n. Par conséquent, AqA^q est semblable à une matrice triangulaire supérieure de diagonale λ1q,…,λnq\lambda_1^q,\ldots,\lambda_n^q.

Ainsi

χAq(X)=∏i=1n(X−λiq)=rq(P).\chi_{A^q}(X)=\prod_{i=1}^{n}(X-\lambda_i^q)=r_q(P).

Comme AqA^q est à coefficients entiers, le lemme montre que rq(P)r_q(P) est à coefficients entiers. Il est évidemment unitaire.

Exercice 11—Algorithme de Souriau-Faddeev

Exercice tombé en 2020 · RMS 1058 · Python

DifficultéÀ définir

Énoncé

Pour A∈Mp(C)A\in\mathcal M_p(\mathbb C), on définit une suite (Ak)k≥1(A_k)_{k\geq1} par

A1=A,Ak+1=A(Ak−tr⁡(Ak)kIp).A_1=A,\qquad A_{k+1}=A\left(A_k-\frac{\operatorname{tr}(A_k)}{k}I_p\right).

On note

χA(X)=Xp+∑k=0p−1ap−kXk=Xp+a1Xp−1+⋯+ap.\chi_A(X)=X^p+\sum_{k=0}^{p-1}a_{p-k}X^k=X^p+a_1X^{p-1}+\cdots+a_p.
  1. Pour
    A=(1−411−110100−21001−3),A=\begin{pmatrix} 1&-4&1&1\\ -1&1&0&1\\ 0&0&-2&1\\ 0&0&1&-3 \end{pmatrix},
    écrire en Python une fonction renvoyant AkA_k etαk=−tr⁡(Ak)/k\alpha_k=-\operatorname{tr}(A_k)/k. CalculerχA\chi_A sans Python et énoncer une conjecture.
  2. Soit P=Xp+∑k=0p−1ap−kXk=∏i=1p(X−λi)P=X^p+\sum_{k=0}^{p-1}a_{p-k}X^k=\prod_{i=1}^{p}(X-\lambda_i). Montrer que P′/P=∑i=1p1/(X−λi)P'/P=\sum_{i=1}^{p}1/(X-\lambda_i). En déduire un développement en série entière autour de 0 de x↦P′(1/x)/P(1/x)x\mapsto P'(1/x)/P(1/x).
  3. En posant Sn=tr⁡(An)S_n=\operatorname{tr}(A^n), donner une expression de SnS_n en fonction des SkS_k précédents et des coefficients aka_k.
  4. Montrer la conjecture de la première question.
Indication›

La relation entre les SnS_n et les coefficients du polynôme caractéristique est l’identité de Newton.

Pour conclure, poser α0=1\alpha_0=1 et montrer par récurrence que Ak=∑i=0k−1αiAk−iA_k=\sum_{i=0}^{k-1}\alpha_iA^{k-i}.

Corrigé›

1. Calcul expérimental

import numpy as np
import numpy.linalg as alg

A = np.array([
    [1, -4, 1, 1],
    [-1, 1, 0, 1],
    [0, 0, -2, 1],
    [0, 0, 1, -3],
])
I = np.eye(4)

def souriau(p):
    M, a = [0, A], [0, -np.trace(A)]
    for k in range(1, p):
        B = np.dot(A, M[k] + a[k] * I)
        M.append(B)
        a.append(-np.trace(M[k+1]) / (k+1))
    return M[p], a[p]

def alpha():
    M, a = [0, A], [0, -np.trace(A)]
    for k in range(1, 5):
        B = np.dot(A, M[k] + a[k] * I)
        M.append(B)
        a.append(-np.trace(M[k+1]) / (k+1))
    return a[1:]

Le polynôme caractéristique se calcule par blocs :

χA(λ)=∣1−λ−4−11−λ∣∣−2−λ11−3−λ∣\chi_A(\lambda)= \begin{vmatrix}1-\lambda&-4\\-1&1-\lambda\end{vmatrix} \begin{vmatrix}-2-\lambda&1\\1&-3-\lambda\end{vmatrix}

d’où

χA(λ)=(λ2−2λ−3)(λ2+5λ+5)=λ4+3λ3−8λ2−25λ−15.\chi_A(\lambda)=(\lambda^2-2\lambda-3)(\lambda^2+5\lambda+5) =\lambda^4+3\lambda^3-8\lambda^2-25\lambda-15.

Le programme donne

α1=3,α2=−8,α3=−25,α4=−15.\alpha_1=3,\quad\alpha_2=-8,\quad\alpha_3=-25,\quad\alpha_4=-15.

On conjecture donc

αk=ak.\boxed{\alpha_k=a_k}.

2. Développement en série entière

Par dérivation logarithmique du produit,

P′(X)P(X)=∑i=1p1X−λi.\frac{P'(X)}{P(X)}=\sum_{i=1}^{p}\frac1{X-\lambda_i}.

Pour xx non nul et assez petit pour que ∣λix∣<1|\lambda_i x|<1 pour tout ii,

P′(1/x)P(1/x)=∑i=1p11/x−λi=∑i=1px1−λix=∑n=0+∞(∑i=1pλin)xn+1.\begin{aligned} \frac{P'(1/x)}{P(1/x)} &=\sum_{i=1}^{p}\frac1{1/x-\lambda_i}\\ &=\sum_{i=1}^{p}\frac{x}{1-\lambda_ix}\\ &=\sum_{n=0}^{+\infty}\left(\sum_{i=1}^{p}\lambda_i^n\right)x^{n+1}. \end{aligned}

Or les valeurs propres de AnA^n sont λ1n,…,λpn\lambda_1^n,\ldots,\lambda_p^n avec multiplicités, donc

Sn=tr⁡(An)=∑i=1pλin.S_n=\operatorname{tr}(A^n)=\sum_{i=1}^{p}\lambda_i^n.

Ainsi

P′(1/x)P(1/x)=∑n=0+∞Snxn+1.\boxed{\frac{P'(1/x)}{P(1/x)}=\sum_{n=0}^{+\infty}S_nx^{n+1}}.

3. Identités de Newton

En comparant les coefficients dans l’identité précédente, on obtient, pour 1≤n≤p1\leq n\leq p,

Sn+a1Sn−1+a2Sn−2+⋯+an−1S1+nan=0.\boxed{S_n+a_1S_{n-1}+a_2S_{n-2}+\cdots+a_{n-1}S_1+n a_n=0}.

Autrement dit,

Sn=−∑j=1n−1ajSn−j−nan.S_n=-\sum_{j=1}^{n-1}a_jS_{n-j}-na_n.

4. Preuve de la conjecture

Posons α0=1\alpha_0=1. Montrons par récurrence que

Ak=∑i=0k−1αiAk−i.A_k=\sum_{i=0}^{k-1}\alpha_iA^{k-i}.

Pour k=1k=1, c’est immédiat. Si la formule est vraie au rang kk, comme αk=−tr⁡(Ak)/k\alpha_k=-\operatorname{tr}(A_k)/k,

Ak+1=A(Ak+αkIp)=A(∑i=0k−1αiAk−i+αkIp)=∑i=0kαiAk+1−i.\begin{aligned} A_{k+1} &=A(A_k+\alpha_kI_p)\\ &=A\left(\sum_{i=0}^{k-1}\alpha_iA^{k-i}+\alpha_kI_p\right)\\ &=\sum_{i=0}^{k}\alpha_iA^{k+1-i}. \end{aligned}

En prenant les traces,

−kαk=∑i=0k−1αiSk−i.-k\alpha_k=\sum_{i=0}^{k-1}\alpha_iS_{k-i}.

Supposons maintenant αi=ai\alpha_i=a_i pour i<ki<k. L’identité précédente devient

−kαk=Sk+a1Sk−1+⋯+ak−1S1.-k\alpha_k=S_k+a_1S_{k-1}+\cdots+a_{k-1}S_1.

Or l’identité de Newton donne

Sk+a1Sk−1+⋯+ak−1S1=−kak.S_k+a_1S_{k-1}+\cdots+a_{k-1}S_1=-ka_k.

Donc αk=ak\alpha_k=a_k. Par récurrence,

αk=ak(1≤k≤p).\boxed{\alpha_k=a_k\quad(1\leq k\leq p)}.

Exercice 12—Spectre d’une matrice stochastique strictement positive

Exercice tombé en 2020 · RMS 1060

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit A=(ai,j)∈Mn(R)A=(a_{i,j})\in\mathcal M_n(\mathbb R). On suppose que tous les ai,ja_{i,j} sont strictement positifs et que, pour tout i∈{1,…,n}i\in\{1,\ldots,n\},

ai,1+⋯+ai,n=1.a_{i,1}+\cdots+a_{i,n}=1.
  1. Montrer que 1 est valeur propre de AA.
  2. Montrer que toute valeur propre complexe de AA a un module inférieur ou égal à 1.
  3. Soit λ\lambda une valeur propre complexe de module 1. Montrer que λ=1\lambda=1.
Indication›

Pour une valeur propre λ\lambda et un vecteur propre X=(xi)X=(x_i), choisir un indice i0i_0 tel que ∣xi0∣|x_{i_0}| soit maximal. Dans le cas ∣λ∣=1|\lambda|=1, isoler le terme diagonal.

Corrigé›

1. La valeur propre 1

Avec

U=(1,1,…,1)T,U=(1,1,\ldots,1)^T,

les sommes des lignes donnent immédiatement

AU=U.AU=U.

Donc 1∈Sp⁡(A)1\in\operatorname{Sp}(A).

2. Module des valeurs propres

Soit λ∈Sp⁡C(A)\lambda\in\operatorname{Sp}_{\mathbb C}(A) et X=(x1,…,xn)T≠0X=(x_1,\ldots,x_n)^T\neq0 tel que AX=λXAX=\lambda X. Choisissons i0i_0 tel que

∣xi0∣=max⁡1≤i≤n∣xi∣.|x_{i_0}|=\max_{1\leq i\leq n}|x_i|.

La ligne i0i_0 donne

λxi0=∑j=1nai0,jxj.\lambda x_{i_0}=\sum_{j=1}^{n}a_{i_0,j}x_j.

Comme les coefficients sont positifs,

∣λ∣ ∣xi0∣≤∑j=1nai0,j∣xj∣≤∣xi0∣∑j=1nai0,j=∣xi0∣.|\lambda|\,|x_{i_0}| \leq\sum_{j=1}^{n}a_{i_0,j}|x_j| \leq |x_{i_0}|\sum_{j=1}^{n}a_{i_0,j} =|x_{i_0}|.

Or xi0≠0x_{i_0}\neq0, donc

∣λ∣≤1.\boxed{|\lambda|\leq1}.

3. Cas d’égalité

Supposons ∣λ∣=1|\lambda|=1 et écrivons λ=eiθ\lambda=e^{i\theta}. En isolant le terme diagonal dans la ligne i0i_0,

(eiθ−ai0,i0)xi0=∑j≠i0ai0,jxj.(e^{i\theta}-a_{i_0,i_0})x_{i_0} =\sum_{j\neq i_0}a_{i_0,j}x_j.

En prenant les modules puis en utilisant le choix de i0i_0,

∣eiθ−ai0,i0∣ ∣xi0∣≤∣xi0∣∑j≠i0ai0,j=∣xi0∣(1−ai0,i0).|e^{i\theta}-a_{i_0,i_0}|\,|x_{i_0}| \leq |x_{i_0}|\sum_{j\neq i_0}a_{i_0,j} =|x_{i_0}|(1-a_{i_0,i_0}).

Après simplification par ∣xi0∣>0|x_{i_0}|>0,

∣eiθ−ai0,i0∣≤1−ai0,i0.|e^{i\theta}-a_{i_0,i_0}|\leq1-a_{i_0,i_0}.

En élevant au carré,

1+ai0,i02−2ai0,i0cos⁡θ≤1−2ai0,i0+ai0,i02.1+a_{i_0,i_0}^2-2a_{i_0,i_0}\cos\theta \leq1-2a_{i_0,i_0}+a_{i_0,i_0}^2.

Comme ai0,i0>0a_{i_0,i_0}>0, on obtient cos⁡θ≥1\cos\theta\geq1, donc cos⁡θ=1\cos\theta=1. Ainsi

λ=1.\boxed{\lambda=1}.

Exercice 13—Sous-espaces stables d’un endomorphisme diagonalisable

Exercice tombé en 2020 · RMS 1062

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient EE un espace vectoriel de dimension finie et f∈L(E)f\in\mathcal L(E) diagonalisable. On note α1,…,αp\alpha_1,\ldots,\alpha_p les valeurs propres distinctes de ff.

  1. Montrer que tout sous-espace de EE possède un supplémentaire stable par ff.
  2. Soient FF et GG deux sous-espaces stables par ff tels que F⊕G=EF\oplus G=E. Pour 1≤k≤p1\leq k\leq p, on pose
    F(αk)=F∩Eαk(f),G(αk)=G∩Eαk(f).F(\alpha_k)=F\cap E_{\alpha_k}(f),\qquad G(\alpha_k)=G\cap E_{\alpha_k}(f).
    Montrer que
    F=⨁k=1pF(αk),G=⨁k=1pG(αk).F=\bigoplus_{k=1}^{p}F(\alpha_k),\qquad G=\bigoplus_{k=1}^{p}G(\alpha_k).
  3. En déduire que les endomorphismes induits par ff sur FF et GG sont diagonalisables.
Indication›

Pour la décomposition de FF, écrire x=∑xkx=\sum x_k suivant les espaces propres, puis extraire chaque composante xjx_j à l’aide du polynôme d’interpolation de Lagrange qui vaut 1 en αj\alpha_j et 0 sur les autres valeurs propres.

Corrigé›

1. Supplémentaire stable

Soit F0F_0 un sous-espace de EE et (f1,…,fr)(f_1,\ldots,f_r) une base de F0F_0. Comme ff est diagonalisable, il existe une base (e1,…,en)(e_1,\ldots,e_n) de EE constituée de vecteurs propres.

On complète (f1,…,fr)(f_1,\ldots,f_r) en une base de EE en choisissant des vecteurs parmi les eie_i. Leur sous-espace engendré fournit un supplémentaire de F0F_0 stable par ff.

2. Décomposition des sous-espaces stables

Comme ff est diagonalisable,

E=⨁k=1pEαk(f).E=\bigoplus_{k=1}^{p}E_{\alpha_k}(f).

La somme ∑kF(αk)\sum_kF(\alpha_k) est donc directe, et son inclusion dans FF est claire. Montrons l’inclusion réciproque.

Soit x∈Fx\in F. Écrivons

x=∑k=1pxk,xk∈Eαk(f).x=\sum_{k=1}^{p}x_k,\qquad x_k\in E_{\alpha_k}(f).

Comme FF est stable par ff, on a fm(x)∈Ff^m(x)\in F pour tout m∈Nm\in\mathbb N.

Fixons jj et considérons le polynôme de Lagrange

Lj(X)=∏i≠jX−αiαj−αi.L_j(X)=\prod_{i\neq j}\frac{X-\alpha_i}{\alpha_j-\alpha_i}.

Alors Lj(αj)=1L_j(\alpha_j)=1 et Lj(αk)=0L_j(\alpha_k)=0 pour k≠jk\neq j. Si Lj=∑m=0p−1cmXmL_j=\sum_{m=0}^{p-1}c_mX^m,

Lj(f)(x)=∑m=0p−1cmfm(x)=∑k=1pLj(αk)xk=xj.\begin{aligned} L_j(f)(x) &=\sum_{m=0}^{p-1}c_mf^m(x)\\ &=\sum_{k=1}^{p}L_j(\alpha_k)x_k\\ &=x_j. \end{aligned}

Le premier membre appartient à FF, donc xj∈Fx_j\in F. Comme aussi xj∈Eαj(f)x_j\in E_{\alpha_j}(f), on a xj∈F(αj)x_j\in F(\alpha_j).

Ainsi

F=⨁k=1pF(αk).\boxed{F=\bigoplus_{k=1}^{p}F(\alpha_k)}.

Le même raisonnement donne

G=⨁k=1pG(αk).\boxed{G=\bigoplus_{k=1}^{p}G(\alpha_k)}.

3. Restrictions diagonalisables

Pour chaque kk, choisissons une base de F(αk)F(\alpha_k) et concaténons ces bases. On obtient une base de FF constituée de vecteurs propres de la restriction de ff à FF. Celle-ci est donc diagonalisable. Même conclusion sur GG.

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