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Espaces euclidiens

Cette sélection réunit des exercices d’algèbre et d’espaces euclidiens tombés aux oraux des ENS. Cherchez d’abord à partir de l’énoncé, puis ouvrez une indication ou le corrigé lorsque vous en avez besoin.

Exercices 2026

Les exercices 2026 seront ajoutés prochainement.

Exercices 2025

Exercice 1—Composition de projecteurs orthogonaux

Exercice tombé en 2025

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soient EE un espace euclidien et p,q∈L(E)p,q\in\mathcal{L}(E) deux projecteurs orthogonaux qui commutent. Montrer que p∘qp\circ q est un projecteur orthogonal.

Indication›

Commencer par montrer, à l’aide de la commutation de pp et qq, que p∘qp\circ q est bien un projecteur.

Pour l’orthogonalité, on peut utiliser la caractérisation suivante : un projecteur rr est orthogonal si et seulement si

∀x∈E,∥r(x)∥≤∥x∥.\forall x\in E,\qquad \|r(x)\|\leq \|x\|.
Corrigé›

1. Montrons d’abord que p∘qp\circ q est un projecteur

Comme pp et qq commutent,

(p∘q)2=p∘q∘p∘q=p∘p∘q∘q=p2∘q2=p∘q.\begin{aligned} (p\circ q)^2 &=p\circ q\circ p\circ q\\ &=p\circ p\circ q\circ q\\ &=p^2\circ q^2\\ &=p\circ q. \end{aligned}

Ainsi,

p∘q est un projecteur.\boxed{p\circ q\text{ est un projecteur}.}

2. Une caractérisation utile des projecteurs orthogonaux

Montrons le résultat de cours suivant : si rr est un projecteur de EE, alors

r est orthogonal  ⟺  ∀x∈E,∥r(x)∥≤∥x∥.r\text{ est orthogonal} \iff \forall x\in E,\quad \|r(x)\|\leq\|x\|.

Sens direct

Supposons rr orthogonal. Pour tout x∈Ex\in E,

x=r(x)+(x−r(x)).x=r(x)+\bigl(x-r(x)\bigr).

Or r(x)∈Im⁡(r)r(x)\in\operatorname{Im}(r) et

r(x−r(x))=r(x)−r2(x)=0,r\bigl(x-r(x)\bigr) =r(x)-r^2(x) =0,

donc

x−r(x)∈ker⁡(r).x-r(x)\in\ker(r).

Puisque rr est un projecteur orthogonal,

Im⁡(r)⊥ker⁡(r).\operatorname{Im}(r)\perp\ker(r).

On a donc

r(x)⊥x−r(x).r(x)\perp x-r(x).

Par le théorème de Pythagore,

∥x∥2=∥r(x)∥2+∥x−r(x)∥2≥∥r(x)∥2.\|x\|^2 = \|r(x)\|^2 + \|x-r(x)\|^2 \geq \|r(x)\|^2.

Par conséquent,

∥r(x)∥≤∥x∥.\boxed{\|r(x)\|\leq\|x\|}.

Sens réciproque

Supposons maintenant que

∀z∈E,∥r(z)∥≤∥z∥.\forall z\in E,\qquad \|r(z)\|\leq\|z\|.

Soient x∈ker⁡(r)x\in\ker(r) et y∈Im⁡(r)y\in\operatorname{Im}(r). Comme y∈Im⁡(r)y\in\operatorname{Im}(r) et que rr est un projecteur,

r(y)=y.r(y)=y.

Pour tout λ∈R\lambda\in\mathbb{R}, on a alors

∥y∥=∥r(λx+y)∥≤∥λx+y∥.\begin{aligned} \|y\| &= \|r(\lambda x+y)\|\\ &\leq \|\lambda x+y\|. \end{aligned}

En élevant au carré,

∥y∥2≤λ2∥x∥2+2λ⟨x,y⟩+∥y∥2.\|y\|^2 \leq \lambda^2\|x\|^2 + 2\lambda\langle x,y\rangle + \|y\|^2.

Donc, pour tout réel λ\lambda,

λ2∥x∥2+2λ⟨x,y⟩≥0.\lambda^2\|x\|^2 + 2\lambda\langle x,y\rangle \geq0.

Si x=0x=0, l’orthogonalité est immédiate. Supposons donc x≠0x\neq0. Le polynôme

λ⟼∥x∥2λ2+2⟨x,y⟩λ\lambda \longmapsto \|x\|^2\lambda^2 + 2\langle x,y\rangle\lambda

est positif ou nul pour tout réel λ\lambda. Son discriminant est donc inférieur ou égal à zéro :

Δ=4⟨x,y⟩2≤0.\Delta = 4\langle x,y\rangle^2 \leq0.

Il vient nécessairement

⟨x,y⟩=0.\langle x,y\rangle=0.

Ainsi,

ker⁡(r)⊥Im⁡(r),\ker(r)\perp\operatorname{Im}(r),

ce qui montre que rr est un projecteur orthogonal.

Nous avons donc bien établi

r projecteur orthogonal  ⟺  ∀x∈E,∥r(x)∥≤∥x∥\boxed{ r\text{ projecteur orthogonal} \iff \forall x\in E,\quad \|r(x)\|\leq\|x\| }

3. Application à p∘qp\circ q

Les projecteurs pp et qq étant orthogonaux, la caractérisation précédente donne, pour tout x∈Ex\in E,

∥p(q(x))∥≤∥q(x)∥≤∥x∥.\|p(q(x))\| \leq \|q(x)\| \leq \|x\|.

Autrement dit,

∥(p∘q)(x)∥≤∥x∥.\|(p\circ q)(x)\|\leq\|x\|.

Or nous avons déjà montré que p∘qp\circ q est un projecteur. La caractérisation précédente permet donc de conclure :

p∘q est un projecteur orthogonal.\boxed{ p\circ q\text{ est un projecteur orthogonal}. }

Complément — noyau et image de p∘qp\circ q

On a d’abord

ker⁡(q)⊂ker⁡(p∘q).\ker(q)\subset\ker(p\circ q).

Comme p∘q=q∘pp\circ q=q\circ p, on a également

ker⁡(p)⊂ker⁡(p∘q).\ker(p)\subset\ker(p\circ q).

D’où

ker⁡(p)+ker⁡(q)⊂ker⁡(p∘q).\ker(p)+\ker(q) \subset \ker(p\circ q).

Attention : il s’agit bien ici d’une somme de sous-espaces, et non d’une réunion.

Réciproquement, soit x∈ker⁡(p∘q)x\in\ker(p\circ q). On écrit

x=p(x)+(x−p(x)).x=p(x)+\bigl(x-p(x)\bigr).

On a

p(x−p(x))=p(x)−p2(x)=0,p\bigl(x-p(x)\bigr) =p(x)-p^2(x) =0,

donc

x−p(x)∈ker⁡(p).x-p(x)\in\ker(p).

D’autre part, puisque p∘q=q∘pp\circ q=q\circ p,

q(p(x))=p(q(x))=(p∘q)(x)=0.\begin{aligned} q(p(x)) &= p(q(x))\\ &= (p\circ q)(x)\\ &=0. \end{aligned}

Ainsi,

p(x)∈ker⁡(q).p(x)\in\ker(q).

On en déduit

x∈ker⁡(p)+ker⁡(q).x\in\ker(p)+\ker(q).

Finalement,

ker⁡(p∘q)=ker⁡(p)+ker⁡(q)\boxed{ \ker(p\circ q) = \ker(p)+\ker(q) }

Pour l’image, on a immédiatement

Im⁡(p∘q)⊂Im⁡(p).\operatorname{Im}(p\circ q) \subset \operatorname{Im}(p).

Comme p∘q=q∘pp\circ q=q\circ p,

Im⁡(p∘q)⊂Im⁡(q).\operatorname{Im}(p\circ q) \subset \operatorname{Im}(q).

D’où

Im⁡(p∘q)⊂Im⁡(p)∩Im⁡(q).\operatorname{Im}(p\circ q) \subset \operatorname{Im}(p)\cap\operatorname{Im}(q).

Réciproquement, si

x∈Im⁡(p)∩Im⁡(q),x\in \operatorname{Im}(p)\cap\operatorname{Im}(q),

alors p(x)=xp(x)=x et q(x)=xq(x)=x, donc

(p∘q)(x)=p(q(x))=p(x)=x.(p\circ q)(x) = p(q(x)) = p(x) = x.

Ainsi xx appartient à l’image de p∘qp\circ q. Donc

Im⁡(p∘q)=Im⁡(p)∩Im⁡(q)\boxed{ \operatorname{Im}(p\circ q) = \operatorname{Im}(p)\cap\operatorname{Im}(q) }

On peut alors donner une seconde conclusion à l’exercice :

Im⁡(p∘q)⊥=(Im⁡(p)∩Im⁡(q))⊥=Im⁡(p)⊥+Im⁡(q)⊥=ker⁡(p)+ker⁡(q)=ker⁡(p∘q).\begin{aligned} \operatorname{Im}(p\circ q)^\perp &= \bigl( \operatorname{Im}(p)\cap \operatorname{Im}(q) \bigr)^\perp\\ &= \operatorname{Im}(p)^\perp + \operatorname{Im}(q)^\perp\\ &= \ker(p)+\ker(q)\\ &= \ker(p\circ q). \end{aligned}

On retrouve donc directement que p∘qp\circ q est un projecteur orthogonal.

Exercice 2—Crochets de Lie itérés et rayon spectral

Exercice tombé en 2025

DifficultéÀ définir

Énoncé

Soit p∈N∗p\in\mathbb{N}^*. On considère l’application

[ ⋅,⋅ ]:Mp(R)2⟶Mp(R)(A,B)⟼[A,B]=AB−BA.\begin{aligned} [\,\cdot,\cdot\,]: \mathcal{M}_p(\mathbb{R})^2 &\longrightarrow \mathcal{M}_p(\mathbb{R})\\ (A,B) &\longmapsto [A,B]=AB-BA. \end{aligned}

On pose

f0(A,B)=Bf_0(A,B)=B

et, pour tout n∈Nn\in\mathbb{N},

fn+1(A,B)=[A,fn(A,B)].f_{n+1}(A,B) = [A,f_n(A,B)].
  1. Déterminer, pour tout n∈Nn\in\mathbb{N}, les coefficients(cn,j)j∈⟦0,n⟧(c_{n,j})_{j\in\llbracket0,n\rrbracket} tels que
    fn(A,B)=∑j=0ncn,jAjBAn−j.f_n(A,B) = \sum_{j=0}^{n} c_{n,j}A^jBA^{n-j}.
  2. Soit A∈Sp(R)A\in\mathcal{S}_p(\mathbb{R}). On pose
    ρ(A)=sup⁡λ∈Sp⁡(A)∣λ∣.\rho(A) = \sup_{\lambda\in\operatorname{Sp}(A)} |\lambda|.
    Déterminer une condition nécessaire sur ρ(A)\rho(A) pour que
    ρ(fn(A,B))→n→+∞0\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr) \xrightarrow[n\to+\infty]{}0
    pour tout B∈Mp(R)B\in\mathcal{M}_p(\mathbb{R}).
  3. Trouver A∈Sp(R)A\in\mathcal{S}_p(\mathbb{R}) telle que la propriété précédente ne soit pas vérifiée et
    ρ(A)=12.\rho(A)=\frac12.
Indication›

Pour la première question, écrire fnf_n en fonction de fn−1f_{n-1} et obtenir une relation de récurrence sur les coefficients cn,jc_{n,j}. Le triangle de Pascal apparaît naturellement.

Pour la deuxième question, utiliser le théorème spectral pour relier le rayon spectral d’une matrice symétrique à la norme opérateur subordonnée à la norme euclidienne.

Pour la dernière question, regarder ce qui se passe à la valeur limite ρ(A)=1/2\rho(A)=1/2.

Corrigé›

1. Détermination des coefficients cn,jc_{n,j}

Le crochet[A,B]=AB−BA[A,B]=AB-BA est appelé le crochet de Lie de AA et BB.

On raisonne par récurrence pour déterminer les coefficients cn,jc_{n,j}.

Pour n=0n=0,

f0(A,B)=B,f_0(A,B)=B,

donc

c0,0=1.c_{0,0}=1.

Supposons maintenant que, pour un certain n≥1n\geq1,

fn−1(A,B)=∑j=0n−1cn−1,jAjBAn−1−j.f_{n-1}(A,B) = \sum_{j=0}^{n-1} c_{n-1,j}A^jBA^{n-1-j}.

Alors

fn(A,B)=Afn−1(A,B)−fn−1(A,B)A=∑j=0n−1cn−1,jAj+1BAn−1−j−∑j=0n−1cn−1,jAjBAn−j.\begin{aligned} f_n(A,B) &= Af_{n-1}(A,B) - f_{n-1}(A,B)A\\ &= \sum_{j=0}^{n-1} c_{n-1,j}A^{j+1}BA^{n-1-j}\\ &\quad - \sum_{j=0}^{n-1} c_{n-1,j}A^jBA^{n-j}. \end{aligned}

Dans la première somme, effectuons le changement d’indice j↦j−1j\mapsto j-1. On obtient

fn(A,B)=∑j=1ncn−1,j−1AjBAn−j−∑j=0n−1cn−1,jAjBAn−j.f_n(A,B) = \sum_{j=1}^{n} c_{n-1,j-1}A^jBA^{n-j} - \sum_{j=0}^{n-1} c_{n-1,j}A^jBA^{n-j}.

Par identification,

cn,0=−cn−1,0,c_{n,0}=-c_{n-1,0},
cn,n=cn−1,n−1,c_{n,n}=c_{n-1,n-1},

et, pour 1≤j≤n−11\leq j\leq n-1,

cn,j=cn−1,j−1−cn−1,j.c_{n,j} = c_{n-1,j-1} - c_{n-1,j}.

Posons

un,j=(−1)n−jcn,j.u_{n,j} = (-1)^{n-j}c_{n,j}.

On a alors

un,0=un−1,0u_{n,0}=u_{n-1,0}

et

un,n=un−1,n−1.u_{n,n}=u_{n-1,n-1}.

Pour 1≤j≤n−11\leq j\leq n-1,

un,j=(−1)n−j(cn−1,j−1−cn−1,j)=un−1,j−1+un−1,j.\begin{aligned} u_{n,j} &= (-1)^{n-j} \left( c_{n-1,j-1} - c_{n-1,j} \right)\\ &= u_{n-1,j-1} + u_{n-1,j}. \end{aligned}

On reconnaît exactement la relation du triangle de Pascal. Comme

u0,0=1,u_{0,0}=1,

on en déduit

un,j=(nj).u_{n,j} = \binom{n}{j}.

Par conséquent,

cn,j=(−1)n−j(nj)\boxed{ c_{n,j} = (-1)^{n-j} \binom{n}{j} }

et finalement

fn(A,B)=∑j=0n(−1)n−j(nj)AjBAn−j\boxed{ f_n(A,B) = \sum_{j=0}^{n} (-1)^{n-j} \binom{n}{j} A^jBA^{n-j} }

2. Condition portant sur le rayon spectral

Remarque sur la formulation de la question

La question semble plutôt chercher une condition suffisante qu’une condition nécessaire. En effet, si A=λIpA=\lambda I_p, alors AA commute avec toute matrice et

fn(A,B)=0pour tout n≥1f_n(A,B)=0 \qquad\text{pour tout }n\geq1

quel que soit BB, alors que ρ(A)=∣λ∣\rho(A)=|\lambda| peut être arbitrairement grand.

On cherche donc une condition suffisante.

Notons ∥⋅∥2\|\cdot\|_2 la norme euclidienne sur Mp,1(R)\mathcal{M}_{p,1}(\mathbb{R}) et également la norme opérateur subordonnée associée sur les matrices.

Comme A∈Sp(R)A\in\mathcal{S}_p(\mathbb{R}), le théorème spectral assure l’existence d’une base orthonormée

(E1,…,Ep)(E_1,\ldots,E_p)

constituée de vecteurs propres de AA, associés à des valeurs propres réelles

λ1,…,λp.\lambda_1,\ldots,\lambda_p.

Soit

X=∑i=1pxiEi.X = \sum_{i=1}^{p}x_iE_i.

Alors

AX=∑i=1pλixiEi.AX = \sum_{i=1}^{p} \lambda_i x_iE_i.

Par orthonormalité de la base,

∥AX∥22=∑i=1pλi2xi2≤ρ(A)2∑i=1pxi2=ρ(A)2∥X∥22.\begin{aligned} \|AX\|_2^2 &= \sum_{i=1}^{p} \lambda_i^2x_i^2\\ &\leq \rho(A)^2 \sum_{i=1}^{p} x_i^2\\ &= \rho(A)^2\|X\|_2^2. \end{aligned}

Donc

∥AX∥2≤ρ(A)∥X∥2.\|AX\|_2 \leq \rho(A)\|X\|_2.

En prenant pour XX un vecteur propre associé à une valeur propre de module maximal, on obtient l’égalité. Ainsi,

∥A∥2=ρ(A).\boxed{\|A\|_2=\rho(A)}.

Reprenons maintenant la formule obtenue à la première question :

fn(A,B)=∑j=0n(−1)n−j(nj)AjBAn−j.f_n(A,B) = \sum_{j=0}^{n} (-1)^{n-j} \binom{n}{j} A^jBA^{n-j}.

Par inégalité triangulaire et sous-multiplicativité de la norme opérateur,

∥fn(A,B)∥2≤∑j=0n(nj)∥A∥2j∥B∥2∥A∥2n−j=∥B∥2∑j=0n(nj)ρ(A)n=∥B∥2(2ρ(A))n.\begin{aligned} \|f_n(A,B)\|_2 &\leq \sum_{j=0}^{n} \binom{n}{j} \|A\|_2^j \|B\|_2 \|A\|_2^{n-j}\\ &= \|B\|_2 \sum_{j=0}^{n} \binom{n}{j} \rho(A)^n\\ &= \|B\|_2 \bigl(2\rho(A)\bigr)^n. \end{aligned}

De plus, le rayon spectral d’une matrice est inférieur ou égal à toute norme opérateur subordonnée, donc

ρ(fn(A,B))≤∥fn(A,B)∥2.\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr) \leq \|f_n(A,B)\|_2.

Ainsi,

ρ(fn(A,B))≤∥B∥2(2ρ(A))n.\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr) \leq \|B\|_2 \bigl(2\rho(A)\bigr)^n.

Par conséquent, si

ρ(A)<12,\rho(A)<\frac12,

alors

(2ρ(A))n→n→+∞0\bigl(2\rho(A)\bigr)^n \xrightarrow[n\to+\infty]{}0

et donc, pour toute matrice BB,

ρ(fn(A,B))→n→+∞0.\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr) \xrightarrow[n\to+\infty]{}0.

Une condition suffisante est donc

ρ(A)<12.\boxed{\rho(A)<\frac12}.

3. Contre-exemple au cas ρ(A)=1/2\rho(A)=1/2

Prenons

A=(1200−12)A= \begin{pmatrix} \frac12&0\\ 0&-\frac12 \end{pmatrix}

et

B=(0110).B= \begin{pmatrix} 0&1\\ 1&0 \end{pmatrix}.

La matrice AA est symétrique et ses valeurs propres sont 12\frac12 et −12-\frac12. Ainsi,

ρ(A)=12.\rho(A)=\frac12.

Calculons maintenant

f1(A,B)=AB−BA=(01−10).\begin{aligned} f_1(A,B) &= AB-BA\\ &= \begin{pmatrix} 0&1\\ -1&0 \end{pmatrix}. \end{aligned}

Puis

f2(A,B)=[A,f1(A,B)]=(0110)=B.\begin{aligned} f_2(A,B) &= [A,f_1(A,B)]\\ &= \begin{pmatrix} 0&1\\ 1&0 \end{pmatrix}\\ &=B. \end{aligned}

Par conséquent,

f3(A,B)=[A,f2(A,B)]=[A,B]=f1(A,B).f_3(A,B) = [A,f_2(A,B)] = [A,B] = f_1(A,B).

La suite est donc périodique :

f2k(A,B)=B,f2k+1(A,B)=(01−10)(k≥0).f_{2k}(A,B)=B, \qquad f_{2k+1}(A,B)= \begin{pmatrix} 0&1\\ -1&0 \end{pmatrix} \qquad (k\geq0).

Ces deux matrices ont un rayon spectral égal à 11. Ainsi,

ρ(fn(A,B))=1pour tout n≥1.\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr)=1 \qquad\text{pour tout }n\geq1.

En particulier,

ρ(fn(A,B))⟶̸0.\rho\bigl(f_n(A,B)\bigr) \not\longrightarrow0.

On a donc bien obtenu un contre-exemple à la valeur limite :

A=(1200−12),ρ(A)=12\boxed{ A= \begin{pmatrix} \frac12&0\\ 0&-\frac12 \end{pmatrix}, \qquad \rho(A)=\frac12 }

Exercices 2024

Exercice 1—Produit scalaire sur ℝ_n[X], orthonormalisation de Gram-Schmidt et forme canonique

RMS 2024

Difficulté★☆☆☆☆

Énoncé

Soient a0,a1,…,ana_0, a_1, \dots, a_n des réels. On définit sur Rn[X]×Rn[X]\mathbb{R}_n[X] \times \mathbb{R}_n[X] l'application :

⟨.∣.⟩:(P,Q)↦∑k=0nP(k)(ak)Q(k)(ak)\langle . \mid . \rangle : (P, Q) \mapsto \sum_{k=0}^n P^{(k)}(a_k) Q^{(k)}(a_k)

a) Montrer qu'il s'agit d'un produit scalaire sur Rn[X]\mathbb{R}_n[X].

b) Montrer qu'il existe une base (P0,…,Pn)(P_0, \dots, P_n) de Rn[X]\mathbb{R}_n[X] orthonormée pour ce produit scalaire et telle que, pour tout k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}, deg⁡Pk=k\deg P_k = k et le coefficient dominant de PkP_k est strictement positif.

c) Déterminer la valeur de Pk(k)(ak)P_k^{(k)}(a_k) pour tout k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}.

d) Dans le cas particulier où a0=a1=⋯=an=aa_0 = a_1 = \dots = a_n = a, déterminer explicitement les polynômes PkP_k.

Indication›

• a) Pour la séparation, considérer le degré d=deg⁡Pd = \deg P pour montrer que P(d)(ad)≠0P^{(d)}(a_d) \neq 0 si P≠0P \neq 0.

• b) Appliquer l'orthonormalisation de Gram-Schmidt à la base canonique (1,X,…,Xn)(1, X, \dots, X^n).

• c) Exploiter la relation d'orthonormalité ⟨Pk∣Pn⟩=0\langle P_k \mid P_n \rangle = 0 pour k<nk < n.

• d) Utiliser l'annulation des dérivées successives en aa pour identifier aa comme racine de multiplicité kk.

Corrigé›

a) Preuve de la structure de produit scalaire

• Symphétrie et bilinéarité : Évidentes par la commutativité du produit dans R\mathbb{R} et la linéarité de la dérivation et de la somme.

• Positivité : ⟨P∣P⟩=∑k=0n(P(k)(ak))2≥0\langle P \mid P \rangle = \sum_{k=0}^n \left(P^{(k)}(a_k)\right)^2 \ge 0 comme somme de carrés de réels.

• Caractère défini (Séparation) : Soit P∈Rn[X]P \in \mathbb{R}_n[X] tel que ⟨P∣P⟩=0\langle P \mid P \rangle = 0. Alors tous les termes de la somme sont nuls, d'où :

∀k∈{0,…,n},P(k)(ak)=0\forall k \in \{0, \dots, n\}, \quad P^{(k)}(a_k) = 0

Raisonnons par l'absurde et supposons P≠0P \neq 0. Soit d=deg⁡P∈{0,…,n}d = \deg P \in \{0, \dots, n\}. La dérivée dd-ième de PP est un polynôme constant non nul :

P(d)=d!⋅dom(P)≠0P^{(d)} = d! \cdot \text{dom}(P) \neq 0

En particulier, P(d)(ad)≠0P^{(d)}(a_d) \neq 0, ce qui contredit P(d)(ad)=0P^{(d)}(a_d) = 0. Ainsi P=0P = 0.

⟨⋅∣⋅⟩\langle \cdot \mid \cdot \rangle est donc bien un produit scalaire sur Rn[X]\mathbb{R}_n[X].

b) Existence et unicité de la base orthonormée échelonnée

On orthonormalise la base canonique (1,X,…,Xn)(1, X, \dots, X^n) par le procédé de Gram-Schmidt en construisant la suite de polynômes orthogonaux par récurrence :

M0=1puis∀i∈{1,…,n},Mi=Xi−∑k=0i−1⟨Xi∣Mk⟩MkM_0 = 1 \quad \text{puis} \quad \forall i \in \{1, \dots, n\}, \quad M_i = X^i - \sum_{k=0}^{i-1} \langle X^i \mid M_k \rangle M_k

Puis on normalise chaque élément en posant :

∀i∈{0,…,n},Pi=Mi∥Mi∥\forall i \in \{0, \dots, n\}, \quad P_i = \frac{M_i}{\|M_i\|}

Par construction :

• ∀i∈{0,…,n},deg⁡Pi=deg⁡Xi=i\forall i \in \{0, \dots, n\}, \quad \deg P_i = \deg X^i = i.
• Le coefficient dominant de PiP_i est 1∥Mi∥>0\frac{1}{\|M_i\|} > 0.

La famille B=(P0,…,Pn)\mathcal{B} = (P_0, \dots, P_n) forme donc une base orthonormée de Rn[X]\mathbb{R}_n[X] (famille libre de n+1n+1 polynômes dans un espace de dimension n+1n+1).

c) Calcul des dérivées Pk(k)(ak)P_k^{(k)}(a_k)

Pour k=0k = 0 : P0P_0 est un polynôme constant positif de norme 1. Or ∥P0∥2=(P0(a0))2=1\|P_0\|^2 = (P_0(a_0))^2 = 1, d'où P0(a0)=1P_0(a_0) = 1.

Pour k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, les termes de dérivée d'ordre supérieur au degré du polynôme sont nuls (Pk(l)=0P_k^{(l)} = 0 pour l>kl > k). Donc la norme s'écrit :

∥Pk∥2=∑l=0k(Pk(l)(al))2=1\|P_k\|^2 = \sum_{l=0}^k \left(P_k^{(l)}(a_l)\right)^2 = 1

De plus, pour tout j<kj < k, par orthogonalité ⟨Pj∣Pk⟩=0\langle P_j \mid P_k \rangle = 0. Cela impose Pk(l)(al)=0P_k^{(l)}(a_l) = 0 pour tout l<kl < k.

Il ne reste donc que le terme d'indice kk dans la somme :

(Pk(k)(ak))2=1  ⟹  Pk(k)(ak)=1\left(P_k^{(k)}(a_k)\right)^2 = 1 \implies P_k^{(k)}(a_k) = 1

(Le signe est positif car Pk(k)=k!⋅dom(Pk)>0P_k^{(k)} = k! \cdot \text{dom}(P_k) > 0).

d) Cas particulier a0=a1=⋯=an=aa_0 = a_1 = \dots = a_n = a

D'après la question c), pour tout l<kl < k, on a Pk(l)(a)=0P_k^{(l)}(a) = 0.

Ainsi, aa est une racine de multiplicité au moins kk du polynôme PkP_k. Comme deg⁡Pk=k\deg P_k = k, il existe un réel λk>0\lambda_k > 0 tel que :

Pk(X)=λk(X−a)kP_k(X) = \lambda_k (X - a)^k

En dérivant kk fois : Pk(k)(X)=λk⋅k!P_k^{(k)}(X) = \lambda_k \cdot k!.

Or Pk(k)(a)=1P_k^{(k)}(a) = 1, donc λk⋅k!=1  ⟺  λk=1k!\lambda_k \cdot k! = 1 \iff \lambda_k = \frac{1}{k!}.

On obtient donc les polynômes de Taylor :

∀k∈{0,…,n},Pk(X)=(X−a)kk!\forall k \in \{0, \dots, n\}, \quad P_k(X) = \frac{(X - a)^k}{k!}

Exercice 2—Familles de vecteurs couvrant l'espace par produit scalaire

RMS 2024

Difficulté★☆☆☆☆

Énoncé

Soient (n,k)∈(N∗)2(n,k) \in (\mathbb{N}^*)^2 et (f1,…,fk)(f_1, \dots, f_k) une famille de vecteurs de Rn\mathbb{R}^n.

On suppose que :

∀x∈Rn∖{0},∃i∈{1,…,k},⟨x∣fi⟩>0\forall x \in \mathbb{R}^n \setminus \{0\}, \quad \exists i \in \{1, \dots, k\}, \quad \langle x \mid f_i \rangle > 0

a) Donner un exemple d'une telle famille de Rn\mathbb{R}^n.

b) Montrer que (f1,…,fk)(f_1, \dots, f_k) est une famille génératrice de Rn\mathbb{R}^n.

Indication›

• a) Penser à partir de la base canonique.

• b) Raisonner par l'orthogonal en considérant F=Vect(f1,…,fk)F = \mathrm{Vect}(f_1, \dots, f_k) et en montrant que F⊥={0}F^\perp = \{0\}.

Corrigé›

a) Exemple de famille vérifiant la propriété

Considérons la famille constituée des vecteurs de la base canonique (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) de Rn\mathbb{R}^n et de leurs opposés :

F=(e1,…,en,−e1,…,−en)\mathcal{F} = (e_1, \dots, e_n, -e_1, \dots, -e_n)

Soit x=(x1,…,xn)∈Rn∖{0}x = (x_1, \dots, x_n) \in \mathbb{R}^n \setminus \{0\}. Comme x≠0x \neq 0, il existe au moins une composante non nulle xi≠0x_i \neq 0.

• Si xi>0x_i > 0, alors ⟨x∣ei⟩=xi>0\langle x \mid e_i \rangle = x_i > 0.
• Si xi<0x_i < 0, alors ⟨x∣−ei⟩=−xi>0\langle x \mid -e_i \rangle = -x_i > 0.

Cette famille de 2n2n vecteurs vérifie donc la propriété demandée.

b) Preuve du caractère générateur de la famille

Notons F=Vect(f1,…,fk)F = \mathrm{Vect}(f_1, \dots, f_k) le sous-espace vectoriel engendré par la famille.

Soit x∈F⊥x \in F^\perp. Par définition de l'orthogonal, xx est orthogonal à tous les générateurs de FF :

∀i∈{1,…,k},⟨x∣fi⟩=0\forall i \in \{1, \dots, k\}, \quad \langle x \mid f_i \rangle = 0

Si x≠0x \neq 0, l'hypothèse de l'énoncé implique l'existence d'un indice i0∈{1,…,k}i_0 \in \{1, \dots, k\} tel que ⟨x∣fi0⟩>0\langle x \mid f_{i_0} \rangle > 0, ce qui contredit le fait que tous les produits scalaires soient nuls.

On en déduit donc que F⊥={0}F^\perp = \{0\}.

Puisque Rn\mathbb{R}^n est de dimension finie, on a :

F=(F⊥)⊥={0}⊥=RnF = (F^\perp)^\perp = \{0\}^\perp = \mathbb{R}^n

Ainsi, Vect(f1,…,fk)=Rn\mathrm{Vect}(f_1, \dots, f_k) = \mathbb{R}^n, ce qui prouve que la famille (f1,…,fk)(f_1, \dots, f_k) est génératrice de Rn\mathbb{R}^n.

Exercice 3—Normes de Schatten sur S_n(ℝ) et caractérisation variationnelle

RMS 2024

Difficulté★★☆☆☆

Énoncé

Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Sn(R)M \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}). En notant (s1,…,sn)(s_1, \dots, s_n) les valeurs propres de MM, on pose pour tout p≥1p \ge 1 :

Np(M)=(∑i=1n∣si∣p)1/pN_p(M) = \left( \sum_{i=1}^n |s_i|^p \right)^{1/p}

a) Montrer que (A,B)↦tr(AB)(A, B) \mapsto \mathrm{tr}(AB) est un produit scalaire sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}). En déduire que N2N_2 est une norme sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}).

b) Montrer que N1(M)=sup⁡{∣tr(MO)∣∣O∈On(R)}N_1(M) = \sup \{ |\mathrm{tr}(MO)| \mid O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}) \}. En déduire que N1N_1 est une norme sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}).

Indication›

a) Utiliser le théorème spectral pour diagonaliser MM.

b) Pour le sup⁡\sup, exhiber une matrice orthogonale OO qui aligne les signes des valeurs propres pour l'égalité, puis utiliser la propriété ∣Oi,i∣≤1|O_{i,i}| \le 1 pour la majoration.

Corrigé›

a) Produit scalaire de Frobenius et norme N2N_2

Notons ⟨A∣B⟩=tr(AB)\langle A \mid B \rangle = \mathrm{tr}(AB) :

• Symétrie : Pour A,B∈Sn(R)A, B \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}), tr(AB)=tr(BA)\mathrm{tr}(AB) = \mathrm{tr}(BA) par propriété de la trace.

• Bilinéarité : Découle directement de la linéarité de la trace et de la distributivité du produit matriciel.

• Positivité et caractère défini : Soit M∈Sn(R)M \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}). Par le théorème spectral, MM est orthogonalement semblable à une matrice diagonale D=diag(s1,…,sn)D = \mathrm{diag}(s_1, \dots, s_n).
Ainsi, M2M^2 a pour valeurs propres (s12,…,sn2)(s_1^2, \dots, s_n^2). Par invariance de la trace par changement de base :

tr(M2)=∑i=1nsi2≥0\mathrm{tr}(M^2) = \sum_{i=1}^n s_i^2 \ge 0

De plus, tr(M2)=0  ⟺  ∑i=1nsi2=0  ⟺  ∀i, si=0  ⟺  M=0\mathrm{tr}(M^2) = 0 \iff \sum_{i=1}^n s_i^2 = 0 \iff \forall i, \, s_i = 0 \iff M = 0 (car MM est diagonalisable).

L'application est donc un produit scalaire sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}).

Comme N2(M)=(∑i=1nsi2)1/2=tr(M2)=⟨M∣M⟩N_2(M) = \left( \sum_{i=1}^n s_i^2 \right)^{1/2} = \sqrt{\mathrm{tr}(M^2)} = \sqrt{\langle M \mid M \rangle}, N2N_2 est la norme euclidienne associée, donc c'est une norme sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}).

b) Caractérisation variationnelle de N1N_1 et preuve qu'il s'agit d'une norme

1. Preuve de l'égalité N1(M)=sup⁡O∈On(R)∣tr(MO)∣N_1(M) = \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(MO)| :

Soit M∈Sn(R)M \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}). Il existe une base orthonormée propre B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) telle que Mei=sieiM e_i = s_i e_i. Quitte à réordonner, on suppose que si<0s_i < 0 pour i∈{1,…,p}i \in \{1, \dots, p\} et si≥0s_i \ge 0 pour i>pi > p.

• Minoration du Sup : Définissons l'endomorphisme OO par Oei=−eiO e_i = -e_i si i≤pi \le p et Oei=eiO e_i = e_i si i>pi > p. OO transforme une B.O.N. en une B.O.N., donc O∈On(R)O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}). On a alors MOei=∣si∣eiM O e_i = |s_i| e_i, ce qui donne :

tr(MO)=∑i=1n∣si∣=N1(M)  ⟹  N1(M)≤sup⁡O∈On(R)∣tr(MO)∣\mathrm{tr}(MO) = \sum_{i=1}^n |s_i| = N_1(M) \implies N_1(M) \le \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(MO)|

• Majoration du Sup : Soit O∈On(R)O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}). Dans la base B\mathcal{B}, les coefficients diagonaux de MOMO sont siOi,is_i O_{i,i}. Comme OO est orthogonale, ses coefficients vérifient ∣Oi,i∣≤1|O_{i,i}| \le 1. Par inégalité triangulaire :

∣tr(MO)∣=∣∑i=1nsiOi,i∣≤∑i=1n∣si∣⋅∣Oi,i∣≤∑i=1n∣si∣=N1(M)|\mathrm{tr}(MO)| = \left| \sum_{i=1}^n s_i O_{i,i} \right| \le \sum_{i=1}^n |s_i| \cdot |O_{i,i}| \le \sum_{i=1}^n |s_i| = N_1(M)

On en déduit l'égalité : N1(M)=sup⁡O∈On(R)∣tr(MO)∣N_1(M) = \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(MO)|.

2. Preuve que N1N_1 est une norme :

• Séparation : N1(M)=0  ⟺  ∑i=1n∣si∣=0  ⟺  ∀i,si=0  ⟺  M=0N_1(M) = 0 \iff \sum_{i=1}^n |s_i| = 0 \iff \forall i, s_i = 0 \iff M = 0.

• Homogénéité : Les valeurs propres de λM\lambda M sont les λsi\lambda s_i. Donc N1(λM)=∑i=1n∣λsi∣=∣λ∣N1(M)N_1(\lambda M) = \sum_{i=1}^n |\lambda s_i| = |\lambda| N_1(M).

• Sous-additivité (Inégalité triangulaire) : Soient A,B∈Sn(R)A, B \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}). En utilisant la forme variationnelle :

N1(A+B)=sup⁡O∈On(R)∣tr((A+B)O)∣=sup⁡O∈On(R)∣tr(AO)+tr(BO)∣N_1(A + B) = \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}((A+B)O)| = \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(AO) + \mathrm{tr}(BO)|

Par l'inégalité triangulaire classique sur R\mathbb{R} puis passage au sup⁡\sup :

N1(A+B)≤sup⁡O∈On(R)(∣tr(AO)∣+∣tr(BO)∣)≤sup⁡O∈On(R)∣tr(AO)∣+sup⁡O∈On(R)∣tr(BO)∣N_1(A + B) \le \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} \left( |\mathrm{tr}(AO)| + |\mathrm{tr}(BO)| \right) \le \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(AO)| + \sup_{O \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R})} |\mathrm{tr}(BO)|
N1(A+B)≤N1(A)+N1(B)N_1(A + B) \le N_1(A) + N_1(B)

N1N_1 est donc bien une norme sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}) (il s’agit de la norme nucléaire / trace).

Exercice 4—Loi d'inertie de Sylvester et caractérisation sous-espaciale

RMS 2024

Difficulté★★★☆☆

Énoncé

a) Soit S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) inversible. Montrer que les deux assertions suivantes sont équivalentes :

(i) SS admet exactement kk valeurs propres strictement positives (comptées avec multiplicité).

(ii) Il existe deux sous-espaces vectoriels FF et GG de Rn\mathbb{R}^n tels que :

{dim⁡F=ket∀x∈F∖{0},xTSx>0dim⁡G=n−ket∀y∈G,yTSy≤0\begin{cases} \dim F = k \quad \text{et} \quad \forall x \in F \setminus \{0\}, \quad x^T S x > 0 \\ \dim G = n - k \quad \text{et} \quad \forall y \in G, \quad y^T S y \le 0 \end{cases}

b) Soit S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) inversible et P∈GLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}). Montrer que PTSPP^T S P et SS ont le même nombre de valeurs propres positives.

Indication›

a) (i)   ⟹  \implies (ii) : Utiliser le théorème spectral.

a) (ii)   ⟹  \implies (i) : Montrer que F∩E<0={0}F \cap E_{<0} = \{0\} et G∩E>0={0}G \cap E_{>0} = \{0\} pour encadrer la dimension de E>0E_{>0}.

b) Transporter les sous-espaces FF et GG par l'isomorphisme P−1P^{-1} et appliquer le résultat de la question a).

Corrigé›

a) Équivalence entre le nombre de valeurs propres positives et la caractérisation par sous-espaces

(i)   ⟹  \implies (ii) :

Soit S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) inversible. Par le théorème spectral, il existe une B.O.N. (x1,…,xn)(x_1, \dots, x_n) de vecteurs propres associée aux valeurs propres (λ1,…,λn)(\lambda_1, \dots, \lambda_n).
Comme SS est inversible, 0 n'est pas valeur propre. Quitte à réordonner, on suppose que :

λ1≥⋯≥λk>0>λk+1≥⋯≥λn\lambda_1 \ge \dots \ge \lambda_k > 0 > \lambda_{k+1} \ge \dots \ge \lambda_n

Posons F=Vect(x1,…,xk)F = \mathrm{Vect}(x_1, \dots, x_k) et G=Vect(xk+1,…,xn)G = \mathrm{Vect}(x_{k+1}, \dots, x_n). On a bien dim⁡F=k\dim F = k et dim⁡G=n−k\dim G = n - k.
Pour tout x=∑i=1kcixi∈F∖{0}x = \sum_{i=1}^k c_i x_i \in F \setminus \{0\} :

xTSx=(∑i=1kcixi)T(∑i=1kciλixi)=∑i=1kλici2>0x^T S x = \left( \sum_{i=1}^k c_i x_i \right)^T \left( \sum_{i=1}^k c_i \lambda_i x_i \right) = \sum_{i=1}^k \lambda_i c_i^2 > 0

De même, pour tout y=∑j=k+1ndjxj∈Gy = \sum_{j=k+1}^n d_j x_j \in G :

yTSy=∑j=k+1nλjdj2≤0y^T S y = \sum_{j=k+1}^n \lambda_j d_j^2 \le 0

Les sous-espaces FF et GG vérifient bien les conditions (ii).

(ii)   ⟹  \implies (i) :

Notons E>0E_{>0} (resp. E<0E_{<0}) la somme directe des sous-espaces propres de SS associés aux valeurs propres strictement positives (resp. négatives).
Notons p=dim⁡E>0p = \dim E_{>0} le nombre de valeurs propres positives (comptées avec multiplicité). Puisque SS est diagonalisable sans valeur propre nulle, dim⁡E<0=n−p\dim E_{<0} = n - p.

• Soit x∈F∩E<0x \in F \cap E_{<0}. D'une part, x∈E<0  ⟹  xTSx≤0x \in E_{<0} \implies x^T S x \le 0. D'autre part, si x≠0x \neq 0, x∈F  ⟹  xTSx>0x \in F \implies x^T S x > 0.
Ainsi, F∩E<0={0}F \cap E_{<0} = \{0\}. En appliquant la formule de Grassmann sur la somme :

dim⁡(F+E<0)=dim⁡F+dim⁡E<0=k+(n−p)≤n  ⟹  p≥k\dim(F + E_{<0}) = \dim F + \dim E_{<0} = k + (n - p) \le n \implies p \ge k

• Soit y∈G∩E>0y \in G \cap E_{>0}. D'une part, y∈G  ⟹  yTSy≤0y \in G \implies y^T S y \le 0. D'autre part, si y≠0y \neq 0, y∈E>0  ⟹  yTSy>0y \in E_{>0} \implies y^T S y > 0.
Ainsi, G∩E>0={0}G \cap E_{>0} = \{0\}. Par Grassmann :

dim⁡(G+E>0)=dim⁡G+dim⁡E>0=(n−k)+p≤n  ⟹  p≤k\dim(G + E_{>0}) = \dim G + \dim E_{>0} = (n - k) + p \le n \implies p \le k

On conclut que p=kp = k. SS possède donc exactement kk valeurs propres positives.

b) Conservation du nombre de valeurs propres positives par congruence (Loi d'invariance de Sylvester)

Soient S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) inversible ayant kk valeurs propres positives et P∈GLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}).

D'après la question a), il existe deux sous-espaces FF et GG vérifiant les propriétés (ii) pour SS.

Considérons les sous-espaces image par l'isomorphisme P−1P^{-1} :

F′=P−1(F)={P−1x∣x∈F}etG′=P−1(G)={P−1y∣y∈G}F' = P^{-1}(F) = \{ P^{-1}x \mid x \in F \} \quad \text{et} \quad G' = P^{-1}(G) = \{ P^{-1}y \mid y \in G \}

Comme PP est inversible, dim⁡F′=dim⁡F=k\dim F' = \dim F = k et dim⁡G′=dim⁡G=n−k\dim G' = \dim G = n - k.

Soit z∈F′∖{0}z \in F' \setminus \{0\}. Il existe x∈F∖{0}x \in F \setminus \{0\} tel que z=P−1xz = P^{-1}x (c'est-à-dire x=Pzx = Pz). On a alors :

zT(PTSP)z=(Pz)TS(Pz)=xTSx>0z^T (P^T S P) z = (Pz)^T S (Pz) = x^T S x > 0

De même, pour tout z∈G′z \in G', en posant y=Pz∈Gy = Pz \in G :

zT(PTSP)z=yTSy≤0z^T (P^T S P) z = y^T S y \le 0

Les sous-espaces F′F' et G′G' satisfont aux conditions (ii) pour la matrice symétrique inversible PTSPP^T S P. Par l'équivalence prouvée en a), PTSPP^T S P possède exactement kk valeurs propres positives.

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