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Analyse générale

Cette sélection réunit des exercices choisit par Grand Maître Maxime. Cherchez d’abord à partir de l’énoncé, puis ouvrez une indication ou le corrigé lorsque vous en avez besoin.

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Exercices 2024

Exercice 1—Équation fonctionnelle et itération de point fixe

RMS 2024

Difficulté★★☆☆☆

Énoncé

Déterminer toutes les fonctions f∈C2(R,R)f \in C^2(\mathbb{R}, \mathbb{R}) vérifiant :

∀x∈R,f(7x+1)=49f(x)\forall x \in \mathbb{R}, \quad f(7x + 1) = 49 f(x)
Indication›

1. Dériver deux fois l'équation fonctionnelle.

2. Pour un x∈Rx \in \mathbb{R} fixé, utiliser la suite de rétro-itérées unu_n telle que un=7un+1+1u_{n} = 7 u_{n+1} + 1 (avec u0=xu_{0} = x).

Corrigé›

On raisonne par analyse-synthèse.

1. Analyse

Soit f∈C2(R,R)f \in C^2(\mathbb{R}, \mathbb{R}) vérifiant la relation f(7x+1)=49f(x)f(7x + 1) = 49 f(x) pour tout x∈Rx \in \mathbb{R}.

Comme ff est de classe C2C^2, on peut dériver deux fois par rapport à xx :

• Première dérivée : 7f′(7x+1)=49f′(x)  ⟹  f′(7x+1)=7f′(x)7 f'(7x + 1) = 49 f'(x) \implies f'(7x + 1) = 7 f'(x)

• Seconde dérivée : 7f′′(7x+1)=7f′′(x)  ⟹  f′′(7x+1)=f′′(x)7 f''(7x + 1) = 7 f''(x) \implies f''(7x + 1) = f''(x)

Soit x∈Rx \in \mathbb{R} fixé. Construisons la suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} définie par u0=xu_0 = x et pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} :

un+1=un−17u_{n+1} = \frac{u_n - 1}{7}

Cette relation s'écrit aussi un=7un+1+1u_n = 7 u_{n+1} + 1. Par récurrence, on a f′′(u0)=f′′(u1)=⋯=f′′(un)f''(u_0) = f''(u_1) = \dots = f''(u_n) pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

La suite arithmético-géométrique (un)(u_n) a pour unique point fixe la solution de l=l−17l = \frac{l-1}{7}, c'est-à-dire l=−16l = -\frac{1}{6}.

La suite (un)(u_n) converge donc vers −16-\frac{1}{6} quand n→+∞n \to +\infty quel que soit le point de départ xx.

Par continuité de f′′f'' en −16-\frac{1}{6}, on obtient par passage à la limite :

f′′(x)=lim⁡n→+∞f′′(un)=f′′(−16)f''(x) = \lim_{n \to +\infty} f''(u_n) = f''\left(-\frac{1}{6}\right)

Ainsi, f′′f'' est une fonction constante sur R\mathbb{R}. Posons f′′(x)=2af''(x) = 2a avec a∈Ra \in \mathbb{R}.

En intégrant deux fois :

• f′(x)=2ax+bf'(x) = 2ax + b pour un certain b∈Rb \in \mathbb{R}.

• f(x)=ax2+bx+cf(x) = ax^2 + bx + c pour un certain c∈Rc \in \mathbb{R}.

Déterminons les constantes bb et cc en utilisant les relations dérivées et l'équation initiale :

• Dans f′(7x+1)=7f′(x)f'(7x + 1) = 7 f'(x) :

2a(7x+1)+b=7(2ax+b)  ⟹  14ax+2a+b=14ax+7b  ⟹  6b=2a  ⟹  b=13a2a(7x + 1) + b = 7(2ax + b) \implies 14ax + 2a + b = 14ax + 7b \implies 6b = 2a \implies b = \frac{1}{3}a

• Dans f(7x+1)=49f(x)f(7x + 1) = 49 f(x) avec f(x)=ax2+a3x+cf(x) = a x^2 + \frac{a}{3} x + c :

a(7x+1)2+a3(7x+1)+c=49(ax2+a3x+c)a(7x + 1)^2 + \frac{a}{3}(7x + 1) + c = 49 \left( a x^2 + \frac{a}{3} x + c \right)

En identifiant les termes constants (en x0x^0) :

a+a3+c=49c  ⟹  43a=48c  ⟹  c=136aa + \frac{a}{3} + c = 49 c \implies \frac{4}{3}a = 48c \implies c = \frac{1}{36}a

Ainsi, la seule forme candidate pour ff est :

f(x)=a(x2+13x+136)=a(x+16)2f(x) = a \left( x^2 + \frac{1}{3}x + \frac{1}{36} \right) = a \left( x + \frac{1}{6} \right)^2

2. Synthèse

Réciproquement, soit a∈Ra \in \mathbb{R} et f(x)=a(x+16)2f(x) = a \left( x + \frac{1}{6} \right)^2. La fonction ff est de classe C2C^2 sur R\mathbb{R} (et même C∞C^\infty).

Pour tout x∈Rx \in \mathbb{R} :

f(7x+1)=a(7x+1+16)2=a(7x+76)2=a⋅72(x+16)2=49f(x)f(7x + 1) = a \left( 7x + 1 + \frac{1}{6} \right)^2 = a \left( 7x + \frac{7}{6} \right)^2 = a \cdot 7^2 \left( x + \frac{1}{6} \right)^2 = 49 f(x)

La fonction ff vérifie bien la relation.

Conclusion : Les solutions sont les fonctions de la forme x↦a(x+16)2x \mapsto a \left( x + \frac{1}{6} \right)^2 pour a∈Ra \in \mathbb{R}.

Exercice 2—Point fixe commun à deux fonctions qui commutent

RMS 2024

Difficulté★★★☆☆

Énoncé

Soient f,g∈C([0,1],[0,1])f, g \in C([0,1], [0,1]) deux fonctions continues telles que :

f∘g=g∘ff \circ g = g \circ f

On suppose de plus que gg est croissante.

Montrer que ff et gg admettent un point fixe commun dans [0,1][0,1].

Indication›

1. Utiliser le théorème des valeurs intermédiaires sur la fonction φ(x)=f(x)−x\varphi(x) = f(x) - x pour prouver l'existence d'au moins un point fixe cc pour ff.

2. Montrer que si cc est un point fixe de ff, alors pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, gn(c)g^n(c) est également un point fixe de ff.

3. Étudier la suite itérée un=gn(c)u_n = g^n(c).

Corrigé›

1. Existence d'un point fixe pour ff

Posons la fonction φ:[0,1]→R\varphi : [0,1] \to \mathbb{R} définie par φ(x)=f(x)−x\varphi(x) = f(x) - x.

La fonction φ\varphi est continue sur [0,1][0,1] car ff l'est.

De plus :

• φ(0)=f(0)−0=f(0)⩾0\varphi(0) = f(0) - 0 = f(0) \geqslant 0 (car f([0,1])⊆[0,1]f([0,1]) \subseteq [0,1])

• φ(1)=f(1)−1⩽0\varphi(1) = f(1) - 1 \leqslant 0 (car f(1)⩽1f(1) \leqslant 1)

D'après le Théorème des Valeurs Intermédiaires, il existe au moins un réel c∈[0,1]c \in [0,1] tel que φ(c)=0\varphi(c) = 0, c'est-à-dire f(c)=cf(c) = c.

2. Propriété de la suite des itérées par gg

Soit c∈[0,1]c \in [0,1] un point fixe de ff. Remarquons que :

f(g(c))=(f∘g)(c)=(g∘f)(c)=g(f(c))=g(c)f(g(c)) = (f \circ g)(c) = (g \circ f)(c) = g(f(c)) = g(c)

Ainsi, g(c)g(c) est encore un point fixe de ff. Par une récurrence immédiate, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, la n-ième itérée gn(c)g^n(c) (où g0=idg^0 = \text{id} et gn+1=g∘gng^{n+1} = g \circ g^n) vérifie :

f(gn(c))=gn(c)f(g^n(c)) = g^n(c)

3. Convergence de la suite et conclusion

Définissons la suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} par un=gn(c)u_n = g^n(c) pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Comparons g(c)g(c) et cc :

• Premier cas : Si g(c)⩾cg(c) \geqslant c. Comme gg est croissante sur [0,1][0,1], on montre par récurrence que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, gn+1(c)⩾gn(c)g^{n+1}(c) \geqslant g^n(c), c'est-à-dire que la suite (un)(u_n) est croissante.

• Second cas : Si g(c)⩽cg(c) \leqslant c. De la même manière, la croissance de gg implique par récurrence que la suite (un)(u_n) est décroissante.

Dans les deux cas, la suite (un)(u_n) est monotone. De plus, comme g([0,1])⊆[0,1]g([0,1]) \subseteq [0,1], la suite est bornée (contenue dans [0,1][0,1]).

D'après le Théorème de la Limite Monotone, la suite (un)(u_n) converge vers une limite l∈[0,1]l \in [0,1].

Par continuité de gg et ff sur [0,1][0,1], on peut passer à la limite dans les relations :

• De la relation de récurrence un+1=g(un)u_{n+1} = g(u_n), on tire à la limite g(l)=lg(l) = l (ll est un point fixe de gg).

• De la relation f(un)=unf(u_n) = u_n, on tire à la limite f(l)=lf(l) = l (ll est un point fixe de ff).

Conclusion : Le réel l∈[0,1]l \in [0,1] est un point fixe commun à ff et gg.

Exercice 3—Équation fonctionnelle avec inéquation différentielle

RMS 2024

Difficulté★★★☆☆

Énoncé

Déterminer toutes les fonctions f∈C1([−1,1],R)f \in C^1([-1,1], \mathbb{R}) vérifiant la propriété (∗)(*) :

∀(x,y)∈[−1,1]2,f(x)−f(y)⩾f(x)2(x−y)\forall (x,y) \in [-1,1]^2, \quad f(x) - f(y) \geqslant f(x)^2 (x - y)
Indication›

1. Étudier le taux d'accroissement de ff.

2. Traiter à part le cas où ff s'annule en un point.

3. Intégrer la relation obtenue avec le taux d'accroissement.

Corrigé›

Soit f∈C1([−1,1],R)f \in C^1([-1,1], \mathbb{R}) vérifiant la propriété (∗)(*).

1. Obtention d'une équation différentielle

Soit x∈]−1,1[x \in ]-1,1[.

• Pour y<xy < x, on a x−y>0x - y > 0, d'où en divisant (∗)(*) par x−yx - y :

f(x)−f(y)x−y⩾f(x)2\frac{f(x) - f(y)}{x - y} \geqslant f(x)^2

Par passage à la limite quand y→x−y \to x^-, la dérivabilité de ff donne f′(x)⩾f(x)2f'(x) \geqslant f(x)^2.

• Pour y>xy > x, on a x−y<0x - y < 0, d'où :

f(x)−f(y)x−y⩽f(x)2\frac{f(x) - f(y)}{x - y} \leqslant f(x)^2

Par passage à la limite quand y→x+y \to x^+, on obtient f′(x)⩽f(x)2f'(x) \leqslant f(x)^2.

Par encadrement, pour tout x∈]−1,1[x \in ]-1,1[, f′(x)=f(x)2f'(x) = f(x)^2. Par continuité de f′f' et ff sur [−1,1][-1,1], cette égalité s'étend aux bornes :

∀x∈[−1,1],f′(x)=f(x)2\forall x \in [-1,1], \quad f'(x) = f(x)^2

En particulier, f′⩾0f' \geqslant 0 donc ff est croissante sur [−1,1][-1,1].

2. Étude de l'ensemble des annulations de ff

Posons Δ={x∈[−1,1]∣f(x)=0}\Delta = \{x \in [-1,1] \mid f(x) = 0\}.

Supposons Δ\Delta non vide. L'ensemble Δ\Delta est une partie non vide et minorée de R\mathbb{R} (par -1), donc m=inf⁡Δm = \inf \Delta existe et m∈[−1,1]m \in [-1,1].

Comme ff est continue, Δ=f−1({0})\Delta = f^{-1}(\{0\}) est un fermé de [−1,1][-1,1], d'où m∈Δm \in \Delta, c'est-à-dire f(m)=0f(m) = 0.

• En appliquant (∗)(*) avec y=my = m, on obtient pour tout x∈[−1,1]x \in [-1, 1] :

f(m)−f(x)⩾f(m)2(m−x)  ⟹  −f(x)⩾0  ⟹  f(x)⩽0(1)f(m) - f(x) \geqslant f(m)^2 (m - x) \implies -f(x) \geqslant 0 \implies f(x) \leqslant 0 \quad (1)

• De plus, ff est croissante, on a pour tout x∈[m,1]x \in [m, 1] :

f(x)⩾f(m)=0f(x) \geqslant f(m) = 0

Par conséquent, pour tout x∈[m,1]x \in [m, 1], f(x)=0f(x) = 0, donc [m,1]⊆Δ[m, 1] \subseteq \Delta.
De plus on a déjà Δ⊆[m,1]\Delta \subseteq [m, 1] (car Δ⊆[−1,1]\Delta \subseteq [-1, 1] et mm minore Δ\Delta), donc Δ=[m,1]\Delta = [m, 1].

Montrons par l'absurde que m=−1m = -1 :

Supposons m>−1m > -1. Soit x∈[−1,m[x \in [-1, m[. En appliquant (∗)(*) avec y=my = m, on obtient :

f(x)−f(m)⩾f(x)2(x−m)  ⟹  f(x)(1−f(x)(x−m))⩾0f(x) - f(m) \geqslant f(x)^2 (x - m) \implies f(x) \left( 1 - f(x)(x - m) \right) \geqslant 0

Puisque x<m=sup⁡Δx < m = \sup \Delta, f(x)f(x) est non nul, on a donc par (1)(1) : f(x)<0f(x) < 0.

On en déduit donc que f(x)(x−m)⩾1f(x)(x - m) \geqslant 1

Or, quand x→m−x \to m^-, par continuité de ff, f(x)(x−m)→0f(x)(x - m) \to 0, ce qui contredit f(x)(x−m)⩾1f(x)(x - m) \geqslant 1.

On a donc nécessairement m=−1m = -1, ce qui implique Δ=[−1,1]\Delta = [-1, 1]. La fonction ff est donc la fonction nulle.

Par contraposée, si une solution ff n'est pas la fonction nulle, elle ne s'annule jamais sur [−1,1][-1,1].

3. Résolution dans le cas où ff ne s'annule pas

Si ff ne s'annule jamais, on peut diviser f′(x)=f(x)2f'(x) = f(x)^2 par f(x)2f(x)^2 :

f′(x)f(x)2=1  ⟹  (−1f(x))′=1\frac{f'(x)}{f(x)^2} = 1 \implies \left( -\frac{1}{f(x)} \right)' = 1

Il existe donc un réel c∈Rc \in \mathbb{R} tel que pour tout x∈[−1,1]x \in [-1,1] :

f(x)=−1x+cf(x) = -\frac{1}{x + c}

Pour que ff soit définie et de classe C1C^1 sur [−1,1][-1,1], le dénominateur x+cx + c ne doit pas s'annuler sur [−1,1][-1,1], ce qui impose c>1c > 1 ou c<−1c < -1.

4. Synthèse

• La fonction nulle f=0f = 0 vérifie manifestement (∗)(*).

• Pour f(x)=−1x+cf(x) = -\frac{1}{x+c} :

On a f(x)−f(y)=−1x+c+1y+c=x−y(x+c)(y+c)=f(x)f(y)(x−y)f(x) - f(y) = -\frac{1}{x+c} + \frac{1}{y+c} = \frac{x - y}{(x+c)(y+c)} = f(x) f(y) (x - y).

L'inégalité f(x)−f(y)⩾f(x)2(x−y)f(x) - f(y) \geqslant f(x)^2 (x - y) s'écrit alors :

(x−y)f(x)(f(y)−f(x))⩾0(x - y) f(x) \left( f(y) - f(x) \right) \geqslant 0

Comme ff est strictement croissante (car f′>0f' > 0), (x−y)(x - y) et (f(x)−f(y))(f(x) - f(y)) ont le même signe.
Ainsi, (x−y)(f(y)−f(x))⩽0(x - y)(f(y) - f(x)) \leqslant 0.
Pour que le produit global soit ⩾0\geqslant 0, il faut et il suffit donc que f(x)⩽0f(x) \leqslant 0 pour tout x∈[−1,1]x \in [-1,1].

Or f(x)=−1x+c⩽0f(x) = -\frac{1}{x+c} \leqslant 0 pour tout x∈[−1,1]x \in [-1,1] équivaut à x+c>0x + c > 0 sur [−1,1][-1,1], soit c>1c > 1.

Conclusion : Les solutions sont la fonction nulle et les fonctions de la forme x↦−1x+cx \mapsto -\frac{1}{x + c} avec c>1c > 1.

Exercice 4—Comportement asymptotique d'une borne supérieure paramétrée

RMS 2024

Difficulté★★★★☆

Énoncé

Soient f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} une fonction bornée et de classe C2\mathcal{C}^2 et, pour t∈R+t \in \mathbb{R}_+ :

λ(t)=sup⁡x∈R(∣f(x)∣e−tx2)\lambda(t) = \sup_{x \in \mathbb{R}} \left( |f(x)| e^{-t x^2} \right)

1. On suppose f(0)≠0f(0) \neq 0. Déterminer lim⁡t→+∞λ(t)\lim_{t \to +\infty} \lambda(t).

2. On suppose maintenant f(0)=0f(0) = 0 et f′(0)≠0f'(0) \neq 0. Déterminer un équivalent de λ(t)\lambda(t) quand t→+∞t \to +\infty.

3. On suppose ff de classe C∞\mathcal{C}^\infty avec f(0)=f′(0)=⋯=f(k−1)(0)=0f(0) = f'(0) = \dots = f^{(k-1)}(0) = 0 et f(k)(0)≠0f^{(k)}(0) \neq 0 (k∈N∗k \in \mathbb{N}^*). Déterminer un équivalent de λ(t)\lambda(t) quand t→+∞t \to +\infty.

Indication›

1. Remarquer que λ(t)≥∣f(0)∣\lambda(t) \ge |f(0)| en évaluant en x=0x = 0, puis découper R\mathbb{R} en un voisinage [−α,α][-\alpha, \alpha] de 0 et son complémentaire pour majorer λ(t)\lambda(t).

2. Étudier la fonction φ:u↦ue−u\varphi : u \mapsto \sqrt{u} e^{-u} sur R+\mathbb{R}_+.

3. Généraliser en étudiant φk:u↦uk/2e−u\varphi_k : u \mapsto u^{k/2} e^{-u} sur R+\mathbb{R}_+.

Corrigé›

Dans cet exercice c'est bien de faire des dessins pour comprendre / voire ce qui se passe et avoir l'intuition de la solution.

1. Cas f(0)≠0f(0) \neq 0

Posons g(x,t)=∣f(x)∣e−tx2g(x, t) = |f(x)| e^{-t x^2}.

Intuition graphique

t ↗0

Observation du comportement dynamique :

On observe en représentant la courbe que la masse se rapproche de x=0x = 0 lorsque tt augmente.

Elle finit même par s'annuler partout à la limite, sauf en zéro. On peut ainsi conjecturer que : lim⁡t→+∞λ(t)=∣f(0)∣\lim_{t \to +\infty} \lambda(t) = |f(0)|

Pour commencer, on a 0∈R0 \in \mathbb{R}, donc tout t≥0t \ge 0, on a λ(t)≥g(0,t)=∣f(0)∣\lambda(t) \ge g(0, t) = |f(0)|.

Soit ε>0\varepsilon > 0. Par continuité de ff en 0, il existe α>0\alpha > 0 tel que pour tout x∈[−α,α]x \in [-\alpha, \alpha] :

∣f(x)∣≤∣f(0)∣+ε  ⟹  ∀x∈[−α,α],  g(x,t)≤(∣f(0)∣+ε)e−tx2≤∣f(0)∣+ε|f(x)| \le |f(0)| + \varepsilon \implies \forall x \in [-\alpha, \alpha], \; g(x, t) \le (|f(0)| + \varepsilon) e^{-t x^2} \le |f(0)| + \varepsilon

Pour ∣x∣>α|x| > \alpha, la fonction ff étant bornée par une constante M>0M > 0 sur R\mathbb{R} :

g(x,t)≤Me−tα2g(x, t) \le M e^{-t \alpha^2}

Comme lim⁡t→+∞Me−tα2=0\lim_{t \to +\infty} M e^{-t \alpha^2} = 0, il existe t0>0t_0 > 0 tel que pour tout t≥t0t \ge t_0 et tout ∣x∣>α|x| > \alpha, g(x,t)≤∣f(0)∣+εg(x, t) \le |f(0)| + \varepsilon.

On en déduit que pour tout t≥t0t \ge t_0, λ(t)≤∣f(0)∣+ε\lambda(t) \le |f(0)| + \varepsilon. D'où :

lim⁡t→+∞λ(t)=∣f(0)∣\lim_{t \to +\infty} \lambda(t) = |f(0)|

Remarque :

On n'a jamais utilisé l'hypothèse f(0)≠0f(0) \neq 0, donc le résultat reste encore vrai pour f(0)=0f(0) = 0.

2. Cas f(0)=0f(0) = 0 et f′(0)≠0f'(0) \neq 0

On a f(0)=0f(0) = 0 donc lim⁡t→+∞λ(t)=0\lim_{t \to +\infty} \lambda(t) = 0 donc il faut effectivement trouver un équivalent (la limite ne suffit plus pour étudier le comportement asymptotique de λ(t)\lambda(t)).

On modifie donc g pour faire apparaître une fonction qui ne s'annule pas en 0. Pour tout x∈R∗x \in \mathbb{R}^*, on peut écrire :

g(x,t)=∣f(x)x∣⋅∣x∣e−tx2g(x, t) = |\frac{f(x)}{x}| \cdot |x| e^{-t x^2}

Comme f(0)=0f(0) = 0, la fonction h:x↦f(x)xh : x \mapsto \frac{f(x)}{x} (pour x≠0x \neq 0) se prolonge par continuité en 0 avec h(0)=f′(0)h(0) = f'(0).
Par ailleurs, hh est bornée sur R\mathbb{R} (comme l'était ff).

g(x,t)=∣h(x)∣⋅∣x∣e−tx2=∣h(x)∣tφ(tx2)g(x, t) = |h(x)| \cdot |x| e^{-t x^2} = \frac{|h(x)|}{\sqrt{t}} \varphi(t x^2)

où φ(u)=ue−u\varphi(u) = \sqrt{u} e^{-u} pour u≥0u \ge 0.

On fait apparaître t\sqrt{t} pour avoir quelque chose d'homogène par rapport à ce qu'il y a dans l'exponentiel, et l'étudier comme la question précédente en remplaçant la fonction pondératrice par φ\varphi.

Une étude rapide montre que φ\varphi atteint son maximum absolu en u=12u = \frac{1}{2}, qui vaut φ(12)=12e\varphi\left(\frac{1}{2}\right) = \frac{1}{\sqrt{2e}}.

Intuition graphique

x↦g(x,t1)x \mapsto g(x, t_1)x↦g(x,t2)x \mapsto g(x, t_2)avec t2>t1t_2 > t_1
xg(x,t)t ↗x = 1 / √(2t₂)x = 1 / √(2t₁)

Observation du comportement dynamique :

On observe cette fois-ci que la masse n'est plus directement localisée en 00, mais plutôt en xt=12tx_t = \frac{1}{\sqrt{2t}} qui converge vers 00 quand t→+∞t \to +\infty.

• Minoration : En choisissant xt=12tx_t = \frac{1}{\sqrt{2t}} :

λ(t)t≥g(xt,t)t=∣h(12t)∣φ(12)=∣h(12t)∣2e\lambda(t) \sqrt{t} \ge g(x_t, t) \sqrt{t} = \left| h\left(\frac{1}{\sqrt{2t}}\right) \right| \varphi\left(\frac{1}{2}\right) = \frac{\left| h\left(\frac{1}{\sqrt{2t}}\right) \right|}{\sqrt{2e}}

En faisant t→+∞t \to +\infty, la continuité de hh en 0 donne lim⁡t→+∞λ(t)t≥∣f′(0)∣2e\lim_{t \to +\infty} \lambda(t) \sqrt{t} \ge \frac{|f'(0)|}{\sqrt{2e}}.

On peut penser dans la même idée que la question précédente que cette minoration va être atteinte (de même, on suit le maximum de fonction pondératrice (ici φ\varphi)).

• Majoration : Soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe α>0\alpha > 0 tel que pour tout x∈[−α,α]x \in [-\alpha, \alpha], ∣h(x)∣≤∣f′(0)∣+ε|h(x)| \le |f'(0)| + \varepsilon. Alors pour x∈[−α,α]x \in [-\alpha, \alpha] :

g(x,t)t≤(∣f′(0)∣+ε)φ(tx2)≤∣f′(0)∣+ε2eg(x, t) \sqrt{t} \le (|f'(0)| + \varepsilon) \varphi(t x^2) \le \frac{|f'(0)| + \varepsilon}{\sqrt{2e}}

Pour ∣x∣>α|x| > \alpha, g(x,t)t≤Mte−tα2→t→+∞0g(x, t) \sqrt{t} \le M \sqrt{t} e^{-t \alpha^2} \xrightarrow[t \to +\infty]{} 0 par croissances comparées.

On en conclut de manière analogue à la question précédente, l'équivalent :

λ(t)∼t→+∞∣f′(0)∣2et\lambda(t) \underset{t \to +\infty}{\sim} \frac{|f'(0)|}{\sqrt{2e t}}

3. Cas général : ordre k

Par la formule de Taylor-Young, f(x)=x→0f(k)(0)k!xk+o(xk)f(x) \underset{x \to 0}{=} \frac{f^{(k)}(0)}{k!} x^k + o(x^k).

La fonction hk(x)=f(x)xkh_k(x) = \frac{f(x)}{x^k} se prolonge par continuité en 0 par hk(0)=f(k)(0)k!h_k(0) = \frac{f^{(k)}(0)}{k!}. On écrit :

g(x,t)=∣hk(x)∣⋅∣x∣ke−tx2=∣hk(x)∣tk/2φk(tx2)g(x, t) = |h_k(x)| \cdot |x|^k e^{-t x^2} = \frac{|h_k(x)|}{t^{k/2}} \varphi_k(t x^2)

avec φk(u)=uk/2e−u\varphi_k(u) = u^{k/2} e^{-u} pour u≥0u \ge 0.

La dérivée φk′(u)=uk/2−1e−u(k2−u)\varphi_k'(u) = u^{k/2 - 1} e^{-u} \left(\frac{k}{2} - u\right) montre que le maximum de φk\varphi_k sur R+\mathbb{R}_+ est atteint en u=k2u = \frac{k}{2} et vaut :

φk(k2)=(k2)k/2e−k/2=(k2e)k/2\varphi_k\left(\frac{k}{2}\right) = \left(\frac{k}{2}\right)^{k/2} e^{-k/2} = \left(\frac{k}{2e}\right)^{k/2}

En appliquant le même encadrement que précédemment avec le point xt=k2tx_t = \sqrt{\frac{k}{2t}}, on obtient :

lim⁡t→+∞λ(t)tk/2=∣f(k)(0)∣k!(k2e)k/2\lim_{t \to +\infty} \lambda(t) t^{k/2} = \frac{|f^{(k)}(0)|}{k!} \left(\frac{k}{2e}\right)^{k/2}

Conclusion :

λ(t)∼t→+∞∣f(k)(0)∣k!(k2et)k/2\lambda(t) \underset{t \to +\infty}{\sim} \frac{|f^{(k)}(0)|}{k!} \left(\frac{k}{2e t}\right)^{k/2}

Exercice 5—Bifurcation et points fixes

RMS 2024

Difficulté★★★★☆

Énoncé

Soit g:R+→Rg : \mathbb{R}^+ \to \mathbb{R} une fonction de classe C2C^2 vérifiant :

g(0)=0,g′(0)=0,g′′(0)>0g(0) = 0, \quad g'(0) = 0, \quad g''(0) > 0

Pour tout λ>0\lambda > 0, on pose A(λ)={x>0∣g(x)=λx}A(\lambda) = \{x > 0 \mid g(x) = \lambda x\}.

a) Montrer qu'il existe λ0>0\lambda_0 > 0 tel que pour tout λ∈]0,λ0[\lambda \in ]0, \lambda_0[, A(λ)≠∅A(\lambda) \neq \emptyset.

b) On pose λ∗=sup⁡{λ>0∣A(λ)≠∅}\lambda^* = \sup\{\lambda > 0 \mid A(\lambda) \neq \emptyset\} (éventuellement +∞+\infty). Montrer que pour tout λ∈]0,λ∗[\lambda \in ]0, \lambda^*[, A(λ)≠∅A(\lambda) \neq \emptyset.

c) On définit Xλ=inf⁡A(λ)X_\lambda = \inf A(\lambda) quand c'est défini. Montrer que Xλ>0X_\lambda > 0.

d) En toute généralité, la fonction h:λ↦Xλh : \lambda \mapsto X_\lambda est-elle continue sur ]0,λ∗[]0, \lambda^*[ ?

e) Montrer que hh est continue au voisinage de 00.

Indication›

• a) & b) Utiliser un DL de Taylor-Young en 0 pour obtenir le signe de g(x)−λxg(x) - \lambda x, puis le TVI.

• d) Construire un schéma graphique avec une fonction possédant une inflection pour faire sauter le minimum de A(λ)A(\lambda).

• e) Exploiter la stricte convexité locale de gg au voisinage de 0.

Corrigé›

a) Existence d'intersections et propriété d'intervalle

Par la formule de Taylor-Young au voisinage de 00 (comme g(0)=g′(0)=0g(0)=g'(0)=0) :

g(x)=12g′′(0)x2+o(x2)g(x) = \frac{1}{2} g''(0) x^2 + o(x^2)

Comme g′′(0)>0g''(0) > 0, il existe x0>0x_0 > 0 tel que g(x0)>0g(x_0) > 0. En posant λ0=g(x0)x0>0\lambda_0 = \frac{g(x_0)}{x_0} > 0, on a x0∈A(λ0)x_0 \in A(\lambda_0), donc A(λ0)≠∅A(\lambda_0) \neq \emptyset.

Soit maintenant λ∈]0,λ0[\lambda \in ]0, \lambda_0[. Considérons la fonction continue φλ:x↦g(x)−λx\varphi_\lambda : x \mapsto g(x) - \lambda x sur ]0,x0]]0, x_0] :

• φλ(x0)=g(x0)−λx0=x0(λ0−λ)>0\varphi_\lambda(x_0) = g(x_0) - \lambda x_0 = x_0(\lambda_0 - \lambda) > 0.

• Au voisinage de 0, φλ(x)∼−λx<0\varphi_\lambda(x) \sim -\lambda x < 0, donc φλ(x)<0\varphi_\lambda(x) < 0 pour x>0x > 0 assez petit.

Par le Théorème des Valeurs Intermédiaires (TVI), il existe c∈]0,x0[c \in ]0, x_0[ tel que φλ(c)=0\varphi_\lambda(c) = 0, d'où c∈A(λ)c \in A(\lambda) et A(λ)≠∅A(\lambda) \neq \emptyset.

b) Domaine de définition effectif

Soit μ∈]0,λ∗[\mu \in ]0, \lambda^*[. Par définition du supremum, μ\mu n'est pas un majorant de l'ensemble des λ\lambda tels que A(λ)≠∅A(\lambda) \neq \emptyset. Il existe donc λ0>μ\lambda_0 > \mu tel que A(λ0)≠∅A(\lambda_0) \neq \emptyset. Par le résultat de la question a), on en déduit que A(μ)≠∅A(\mu) \neq \emptyset.

c) Stricte positivité de la borne inférieure XλX_\lambda

Pour λ∈]0,λ∗[\lambda \in ]0, \lambda^*[, A(λ)A(\lambda) est une partie non vide de R\mathbb{R} minorée par 00, donc Xλ=inf⁡A(λ)X_\lambda = \inf A(\lambda) existe bien.

De plus, comme φλ(x)∼−λx<0\varphi_\lambda(x) \sim -\lambda x < 0 en 00, il existe x1>0x_1 > 0 tel que pour tout x∈]0,x1]x \in ]0, x_1], φλ(x)<0\varphi_\lambda(x) < 0. Ainsi, aucun élément de A(λ)A(\lambda) n'appartient à ]0,x1]]0, x_1], ce qui prouve que Xλ≥x1>0X_\lambda \ge x_1 > 0.

d) Étude de la continuité globale : contre-exemple graphique

En toute généralité, h:λ↦Xλh : \lambda \mapsto X_\lambda n'est pas continue sur ]0,λ∗[]0, \lambda^*[. Une discontinuité peut apparaître lorsque g change de convexité et qu'il y a des "bosses" sur la courbe.

Intuition de la discontinuité

xyC_gX_λX_λX_λcx_c
Légende du graphe
C_g(Courbe de gg)
λ=λc\lambda = \lambda_c
λ<λc\lambda < \lambda_c
λ>λc\lambda > \lambda_c

• Pour λ<λc\lambda < \lambda_c, la plus petite racine XλX_\lambda se situe près de l'origine sur la première bosse.
• Pour λ>λc\lambda > \lambda_c, la droite ne croise plus la première bosse et la plus petite racine saute brusquement tout en haut sur la branche supérieure, ce qui crée la discontinuité de h(λ)h(\lambda).

Allure de la fonction associée

Le tracé de h(λ)h(\lambda) met en évidence la continuité locale en 00 ainsi que le saut de discontinuité net au point critique λc\lambda_c.

λhλ_cDiscontinuité en λ_c

On voit graphiquement que hh est effectivement (cf. question suivante) continue au voisinage de 0.

Lien conceptuel avec la convexité :

Tant que gg reste convexe, l'équation g(x)=λxg(x) = \lambda x possède une unique solution positive (sur l'intervalle où elle est convexe). C'est cette unicité qui garantit la continuité de XλX_\lambda au voisinage de 0.

e) Continuité au voisinage de 0

Comme g′′(0)>0g''(0) > 0 et g′′g'' est continue, il existe b>0b > 0 tel que pour tout x∈[0,b]x \in [0, b], g′′(x)≥g′′(0)2>0g''(x) \ge \frac{g''(0)}{2} > 0.

La fonction gg est donc strictement convexe sur [0,b][0, b]. Considérons la fonction pente ψ:x↦g(x)x\psi : x \mapsto \frac{g(x)}{x} prolongée par ψ(0)=0\psi(0) = 0 sur [0,b][0, b] :

• Par stricte convexité, la fonction pente ψ\psi est strictement croissante sur [0,b][0, b].

• De plus, ψ\psi est continue sur [0,b][0, b] et réalise donc une bijection strictement croissante de [0,b][0, b] sur [0,ψ(b)][0, \psi(b)]. Son application réciproque ψ−1\psi^{-1} est continue sur [0,ψ(b)][0, \psi(b)].

Pour tout λ∈]0,ψ(b)]\lambda \in ]0, \psi(b)], l'équation g(x)=λx  ⟺  ψ(x)=λg(x) = \lambda x \iff \psi(x) = \lambda admet une unique solution dans [0,b][0, b],
donnée par x=ψ−1(λ)x = \psi^{-1}(\lambda).

Puisque A(λ)A(\lambda) est un fermé, la borne inférieure est atteinte, donc Xλ∈A(λ)X_\lambda \in A(\lambda). Pour λ\lambda suffisamment petit, la valeur minimale tombe nécessairement dans la zone d'unicité [0,b][0, b].

Par conséquent, au voisinage de 0, h(λ)=Xλ=ψ−1(λ)h(\lambda) = X_\lambda = \psi^{-1}(\lambda), ce qui garantit la continuité de hh au voisinage de 0.

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