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Algèbre linéaire

Cette sélection réunit des exercices choisit par Grand Maître Maxime. Cherchez d’abord à partir de l’énoncé, puis ouvrez une indication ou le corrigé lorsque vous en avez besoin.

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Exercices 2024

Exercice 1—Nombre maximal de 1 dans une matrice inversible binaire

RMS 2024

Difficulté★★☆☆☆

Énoncé

Soit E=GLn({0,1})E = \mathrm{GL}_n(\{0, 1\}) l'ensemble des matrices inversibles de taille n×nn \times n à coefficients dans {0,1}\{0, 1\}.

Quel est le nombre maximal de 11 que peut contenir une matrice élément de EE?

Indication›

1. Montrer qu'une matrice inversible contenant trop de 1 n'est pas inversible.
(On obtient une majoration du nombre maximale de 1)

2. Montrer que cette borne est atteinte.

Corrigé›

1. Majoration du nombre de 11 (Minoration du nombre de 00)

Soit M∈EM \in E. Procédons par l'absurde et supposons que MM contienne strictement moins de n−1n-1 zéro (c'est-à-dire au plus n−2n-2 zéro).

Par le principe des tiroirs, comme la matrice possède nn colonnes et qu'il y a au plus n−2n-2 zéro dans toute la matrice, il existe au moins deux colonnes de MM ne contenant aucun 00.
La matrice MM possède donc deux colonnes identiques (composées que de 1).
Par conséquent, rg(M)⩽n−1\mathrm{rg}(M) \leqslant n - 1, ce qui signifie que MM n'est pas inversible, d'où la contradiction.

On en déduit donc que toute matrice de EE contient au moins n−1n - 1 zéro. Le nombre maximal de 11 est alors au plus :

n2−(n−1)=n2−n+1n^2 - (n - 1) = n^2 - n + 1

2. Construction d'une matrice atteignant cette borne

Considérons la matrice M∈Mn({0,1})M \in \mathcal{M}_n(\{0,1\}) contenant exactement un 00 sous chaque terme de la diagonale principale (sur la sous-diagonale) :

M=(11…101…110⋱⋮⋮⋱⋱11…10)=(C1∣C2∣⋯∣Cn)M = \begin{pmatrix} 1 & 1 & \dots & 1 \\ 0 & 1 & \dots & 1 \\ 1 & 0 & \ddots & \vdots \\ \vdots & \ddots & \ddots & 1 \\ 1 & \dots & 1 & 0 \end{pmatrix} = (C_1 \mid C_2 \mid \dots \mid C_n)

Cette matrice comporte bien exactement n−1n-1 zéro, et donc n2−n+1n^2 - n + 1 un. Montrons qu'elle est inversible en déterminant son image.

On remarque que pour tout k∈⟦2,n⟧k \in \llbracket 2, n \rrbracket :

C1−Ck=(0⋮010⋮0)=EkC_1 - C_k = \begin{pmatrix} 0 \\ \vdots \\ 0 \\ 1 \\ 0 \\ \vdots \\ 0 \end{pmatrix} = E_k

où EkE_k est le kk-ième vecteur de la base canonique de Rn\mathbb{R}^n (avec un 11 en position kk).

Par opérations élémentaires sur les colonnes, l'image de MM s'écrit :

Im(M)=Vect(C1,C2,…,Cn)=Vect(C1,C1−C2,…,C1−Cn)=Vect(C1,E2,…,En)\mathrm{Im}(M) = \mathrm{Vect}(C_1, C_2, \dots, C_n) = \mathrm{Vect}(C_1, C_1 - C_2, \dots, C_1 - C_n) = \mathrm{Vect}(C_1, E_2, \dots, E_n)

De plus, en remarquant que C1−∑k=2nEk=E1C_1 - \sum_{k=2}^n E_k = E_1, on en déduit que :

Im(M)=Vect(E1,E2,…,En)=Rn\mathrm{Im}(M) = \mathrm{Vect}(E_1, E_2, \dots, E_n) = \mathbb{R}^n

Ainsi, rg(M)=n\mathrm{rg}(M) = n donc la matrice MM est bien inversible (M∈EM \in E).

Conclusion : Le nombre maximal de 11 d'un élément de EE est égal à n2−n+1n^2 - n + 1.

Exercice 2—Caractérisation des matrices monotones

RMS 2024

Difficulté★★☆☆☆

Énoncé

On dit qu'une matrice MM (ou un vecteur) est positive si tous ses coefficients sont positifs ou nuls. On note alors M⩾0M \geqslant 0.

Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Montrer l'équivalence entre les deux assertions suivantes :

  • (i) AA est monotone, c'est-à-dire A∈GLn(R)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}) et A−1⩾0A^{-1} \geqslant 0.
  • (ii) ∀X∈Rn,AX⩾0  ⟹  X⩾0\forall X \in \mathbb{R}^n, \quad A X \geqslant 0 \implies X \geqslant 0.
Indication›

1. Pour le sens direct (i)  ⟹  (ii)(i) \implies (ii), exprimer XX en fonction de Y=AXY = AX.

2. Pour le sens réciproque (ii)  ⟹  (i)(ii) \implies (i) :

  • Pour l'inversibilité de AA passer par l'injectivité.
  • Pour montrer que A−1⩾0A^{-1} \geqslant 0, tester la condition (ii) sur des vecteurs intéressants.
Corrigé›

1. Sens direct : (i)  ⟹  (ii)(i) \implies (ii)

Supposons AA monotone. Soit X∈RnX \in \mathbb{R}^n tel que AX⩾0AX \geqslant 0.

Posons Y=AX⩾0Y = AX \geqslant 0. Comme AA est inversible, on a X=A−1YX = A^{-1} Y.

En examinant la ii-ième composante de XX pour tout i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket :

(X)i=∑k=1n(A−1)i,k(Y)k(X)_i = \sum_{k=1}^n (A^{-1})_{i, k} (Y)_k

Par hypothèse, (A−1)i,k⩾0(A^{-1})_{i, k} \geqslant 0 et (Y)k⩾0(Y)_k \geqslant 0 pour tous i,ki, k. La somme de termes positifs étant positive, on en déduit que (X)i⩾0(X)_i \geqslant 0 pour tout ii, soit X⩾0X \geqslant 0.

2. Sens réciproque : (ii)  ⟹  (i)(ii) \implies (i)

Supposons la propriété (ii) vérifiée.

a) Inversibilité de AA :

Soit X∈RnX \in \mathbb{R}^n tel que AX=0AX = 0.

  • Comme AX=0⩾0AX = 0 \geqslant 0, l'implication (ii) donne X⩾0X \geqslant 0.
  • Par linéarité, A(−X)=−AX=0⩾0A(-X) = -AX = 0 \geqslant 0, donc l'implication (ii) donne aussi −X⩾0-X \geqslant 0.

Un vecteur dont toutes les composantes sont à la fois positives et négatives est nécessairement nul : X=0X = 0. Ainsi Ker(A)={0}\mathrm{Ker}(A) = \{0\}, ce qui prouve que AA est inversible (A∈GLn(R)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R})).

b) Positivité de A−1A^{-1} :

Soit j∈⟦1,n⟧j \in \llbracket 1, n \rrbracket et soit EjE_j le jj-ième vecteur de la base canonique de Rn\mathbb{R}^n.

Posons X=A−1EjX = A^{-1} E_j. On a alors :

AX=A(A−1Ej)=Ej⩾0AX = A(A^{-1} E_j) = E_j \geqslant 0

En appliquant l'hypothèse (ii) à ce vecteur XX, on obtient X⩾0X \geqslant 0, c'est-à-dire A−1Ej⩾0A^{-1} E_j \geqslant 0.

Or, A−1EjA^{-1} E_j correspond exactement à la jj-ième colonne de la matrice A−1A^{-1}. En notant A−1=(bi,j)1⩽i,j⩽nA^{-1} = (b_{i, j})_{1 \leqslant i, j \leqslant n} :

∀i∈⟦1,n⟧,bi,j⩾0\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket, \quad b_{i, j} \geqslant 0

Cette propriété étant vraie pour toutes les colonnes j∈⟦1,n⟧j \in \llbracket 1, n \rrbracket, tous les coefficients de A−1A^{-1} sont positifs ou nuls.

Conclusion : On a bien A∈GLn(R)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}) et A−1⩾0A^{-1} \geqslant 0, ce qui conclut la démonstration.

Exercice 3—Dimension d'un sous-espace de matrices de rang au plus 1

RMS 2024

Difficulté★★★☆☆

Énoncé

Soit EE un sous-espace vectoriel de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) tel que :

∀A∈E,rg(A)⩽1\forall A \in E, \quad \mathrm{rg}(A) \leqslant 1

Montrer que dim⁡(E)⩽n\dim(E) \leqslant n.

Indication›

1. Le résultat étant trivial si E={0}E = \{0\}, fixer une matrice A∈E∖{0}A \in E \setminus \{0\} (de rang 1).

2. Choisir une base adaptée à une décomposition Rn=Ker(A)⊕N\mathbb{R}^n = \mathrm{Ker}(A) \oplus N avec dim⁡(N)=1\dim(N) = 1. Exprimer la matrice de l'endomorphisme associé dans cette base.

3. Étudier la structure des colonnes des matrices de EE exprimées dans cette base en utilisant le fait que toute combinaison linéaire de matrices de EE reste de rang au plus 1.

Corrigé›

1. Choix d'une base adaptée à une matrice de rang 1

Si E={0}E = \{0\}, le résultat est évidents. Supposons donc qu'il existe A∈E∖{0}A \in E \setminus \{0\}.

Comme rg(A)⩽1\mathrm{rg}(A) \leqslant 1 et A≠0A \neq 0, on a rg(A)=1\mathrm{rg}(A) = 1. D'après le théorème du rang, dim⁡(Ker(A))=n−1\dim(\mathrm{Ker}(A)) = n - 1.

Soit NN un supplémentaire de Ker(A)\mathrm{Ker}(A) dans Rn\mathbb{R}^n (dim⁡(N)=1\dim(N) = 1). Choisissons une base B=(E1,…,En−1,En)\mathcal{B} = (E_1, \dots, E_{n-1}, E_n) adaptée à la somme directe Rn=Ker(A)⊕N\mathbb{R}^n = \mathrm{Ker}(A) \oplus N.

Posons X=AEnX = A E_n. Puisque En∈N∖{0}E_n \in N \setminus \{0\} et N∩Ker(A)={0}N \cap \mathrm{Ker}(A) = \{0\}, on a X≠0X \neq 0. La matrice de l'endomorphisme aa associé à AA dans la base B\mathcal{B} s'écrit :

MatB(a)=(0…0∣x1⋮⋱⋮∣⋮0…0∣xn)=(0∣⋯∣0∣X)\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(a) = \begin{pmatrix} 0 & \dots & 0 & \mid & x_1 \\ \vdots & \ddots & \vdots & \mid & \vdots \\ 0 & \dots & 0 & \mid & x_n \end{pmatrix} = (0 \mid \dots \mid 0 \mid X)

2. Structure des éléments de EE dans la base B\mathcal{B}

Soit V∈EV \in E une matrice quelconque, et vv son endomorphisme associé. Exprimons sa matrice dans la base B\mathcal{B} par ses colonnes :

V′=MatB(v)=(V1′∣⋯∣Vn−1′∣Vn′)V' = \mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(v) = (V'_1 \mid \dots \mid V'_{n-1} \mid V'_n)

Puisque V∈EV \in E, rg(V′)=rg(V)⩽1\mathrm{rg}(V') = \mathrm{rg}(V) \leqslant 1. De plus, comme EE est un sous-espace vectoriel, pour tout λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, V+λA∈EV + \lambda A \in E, donc :

rg(V1′∣⋯∣Vn−1′∣Vn′+λX)⩽1\mathrm{rg}(V'_1 \mid \dots \mid V'_{n-1} \mid V'_n + \lambda X) \leqslant 1

3. Disjonction de cas selon la famille (Vn′,X)(V'_n, X)

Cas 1 : Il existe V∈EV \in E tel que (Vn′,X)(V'_n, X) est libre.

Comme rg(V′+A)⩽1\mathrm{rg}(V' + A) \leqslant 1, la famille de colonnes (V1′,…,Vn−1′,Vn′+X)(V'_1, \dots, V'_{n-1}, V'_n + X) est de rang au plus 1. Or la dernière colonne Vn′+XV'_n + X est non nulle (car Vn′V'_n et XX sont libres). Ainsi, toutes les colonnes Vi′V'_i pour i∈⟦1,n−1⟧i \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket doivent être colinéaires à Vn′+XV'_n + X ET à Vn′V'_n. Comme (Vn′,Vn′+X)(V'_n, V'_n + X) est une famille libre, cela impose :

∀i∈⟦1,n−1⟧,Vi′=0\forall i \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket, \quad V'_i = 0

Par un raisonnement similaire sur toute autre matrice U∈EU \in E, on montre que ses n−1n-1 premières colonnes dans la base B\mathcal{B} sont également nulles.

Ainsi, tout élément M∈EM \in E a une matrice dans la base B\mathcal{B} de la forme :

MatB(m)=(0∣⋯∣0∣Z)=∑i=1nziMi\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(m) = (0 \mid \dots \mid 0 \mid Z) = \sum_{i=1}^n z_i M_i

où Mi=Ei,nM_i = E_{i,n}, la matrice dont la seule colonne non nulle est la dernière, égale au ii-ième vecteur de la base canonique.

On en déduit que E⊂Vect(M1,…,Mn)E \subset \mathrm{Vect}(M_1, \dots, M_n), d'où dim⁡(E)⩽n\dim(E) \leqslant n.

Cas 2 : La famille (Vn′,X)(V'_n, X) est liée.

Il existe alors λ∈R\lambda \in \mathbb{R} tel que Vn′=λXV'_n = \lambda X.

Considérons la matrice V+(1−λ)A∈EV + (1 - \lambda)A \in E. On a :

rg(V1′∣⋯∣Vn−1′∣X)=1\mathrm{rg}(V'_1 \mid \dots \mid V'_{n-1} \mid X) = 1

Ainsi, pour tout i∈⟦1,n−1⟧i \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket, il existe μi∈R\mu_i \in \mathbb{R} tel que Vi′=μiXV'_i = \mu_i X.

  • Cas sous-jacent 2.1 : Si pour toute matrice V∈EV \in E, on a μi=0\mu_i = 0 pour tout i∈⟦1,n−1⟧i \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket, alors E=Vect(A)E = \mathrm{Vect}(A). Ainsi, dim⁡(E)=1⩽n\dim(E) = 1 \leqslant n.
  • Cas sous-jacent 2.2 : On suppose qu'il existe V∈EV \in E et i0∈⟦1,n−1⟧i_0 \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket tel que μi0≠0\mu_{i_0} \neq 0.
    Soit un autre élément U∈EU \in E représenté par la matrice U′=(U1′∣⋯∣Un′)U' = (U'_1 \mid \dots \mid U'_n) dans la base B\mathcal{B}.
    Par l'absurde, si la famille (Un′,X)(U'_n, X) était libre, alors Un′≠0U'_n \neq 0 et Ui0′=αUn′U'_{i_0} = \alpha U'_n avec α∈R\alpha \in \mathbb{R}, car on aurait alors rg(U′)=1\mathrm{rg}(U') = 1.
    En étudiant le rang de la combinaison U+λA+μV∈EU + \lambda A + \mu V \in E, les colonnes Ui0′+XU'_{i_0} + X et Un′U'_n formeraient une famille liée, d'où (X,Un′)(X, U'_n) liée, ce qui est absurde.
    Par conséquent, la famille (Un′,X)(U'_n, X) est nécessairement liée. Chaque matrice M∈EM \in E a donc ses colonnes de la forme Mi′=ziXM'_i = z_i X.

Pour i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket, posons la matrice Mi∈Mn(R)M_i \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) dont l'endomorphisme associé mim_i a pour matrice dans la base B\mathcal{B} :

MatB(mi)=(0∣⋯∣0∣Xi-ieˋme∣0∣⋯∣0)\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(m_i) = (0 \mid \dots \mid 0 \mid \underset{i\text{-ième}}{X} \mid 0 \mid \dots \mid 0)

On a alors E⊂Vect(M1,…,Mn)E \subset \mathrm{Vect}(M_1, \dots, M_n), d'où dim⁡(E)⩽n\dim(E) \leqslant n.

Conclusion : Dans tous les cas (par disjonction de cas), dim⁡(E)⩽n\dim(E) \leqslant n.

Exercice 4—Équation matricielle X + MX + XM² = M pour une matrice nilpotente

RMS 2024

Difficulté★★★★☆

Énoncé

Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que M3=0M^3 = 0.

Montrer qu'il existe une unique matrice X∈Mn(R)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que :

X+MX+XM2=MX + MX + XM^2 = M
Indication›

• Pour l'unicité : Considérer deux solutions XX et YY, puis exploiter les relations algébriques.

• Pour l'existence : Commencer par déterminer la forme de MM.

Corrigé›

1. Unicité de la solution

On commence par l'unicité parce que c'est le plus facile

Soient X,Y∈Mn(R)X, Y \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) deux solutions de l'équation. On a donc :

X+MX+XM2=MetY+MY+YM2=MX + MX + XM^2 = M \quad \text{et} \quad Y + MY + YM^2 = M

Par différence :

X−Y+M(X−Y)+(X−Y)M2=0X - Y + M(X - Y) + (X - Y)M^2 = 0

En multipliant cette égalité à droite par MM et sachant que M3=0M^3 = 0, il vient :

(X−Y)M+M(X−Y)M=0  ⟹  (In+M)(X−Y)M=0(X - Y)M + M(X - Y)M = 0 \implies (I_n + M)(X - Y)M = 0

Comme M3=0M^3 = 0, la matrice In+MI_n + M est inversible (d'inverse In−M+M2I_n - M + M^2). En multipliant par (In+M)−1(I_n + M)^{-1} à gauche, on obtient :

(X−Y)M=0(X - Y)M = 0

En réinjectant (X−Y)M=0(X - Y)M = 0 dans l'équation initiale sur X−YX - Y, on trouve :

X−Y+M(X−Y)=0  ⟹  (In+M)(X−Y)=0X - Y + M(X - Y) = 0 \implies (I_n + M)(X - Y) = 0

L'inversibilité de In+MI_n + M impose directement X−Y=0X - Y = 0, soit X=YX = Y. D'où l'unicité.

2. Existence par réduction / calcul par blocs

Puisque M3=0M^3 = 0, MM est semblable à une matrice triangulaire par blocs de la forme :

R=(0A1A200A3000)R = \begin{pmatrix} 0 & A_1 & A_2 \\ 0 & 0 & A_3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}

Construction de la base

Cette décomposition s'appuie sur la filtration par les noyaux emboîtés ker⁡M⊂ker⁡M2⊂ker⁡M3\ker M \subset \ker M^2 \subset \ker M^3. En choisissant des bases de supplémentaires successifs, on garantit que la matrice de passage PP transforme MM en une matrice RR strictement triangulaire par blocs.

Comme M3=0M^3 = 0, l'espace E=RnE = \mathbb{R}^n admet une décomposition fondée sur la suite des noyaux emboîtés :
{0}⊂ker⁡M⊂ker⁡M2⊂ker⁡M3=E\{0\} \subset \ker M \subset \ker M^2 \subset \ker M^3 = E.

On choisit une base adaptée B=(B1,B2,B3)\mathcal{B} = (\mathcal{B}_1, \mathcal{B}_2, \mathcal{B}_3) de la façon suivante :

• B1\mathcal{B}_1 est une base du sous-espace F1=ker⁡MF_1 = \ker M.

• On complète B1\mathcal{B}_1 en une base (B1,B2)(\mathcal{B}_1, \mathcal{B}_2) de ker⁡M2\ker M^2, où B2\mathcal{B}_2 engendre un supplémentaire F2F_2 de ker⁡M\ker M dans ker⁡M2\ker M^2.

• On complète (B1,B2)(\mathcal{B}_1, \mathcal{B}_2) en une base B=(B1,B2,B3)\mathcal{B} = (\mathcal{B}_1, \mathcal{B}_2, \mathcal{B}_3) de EE, où B3\mathcal{B}_3 engendre un supplémentaire F3F_3 de ker⁡M2\ker M^2 dans ker⁡M3=E\ker M^3 = E.

Étudions l'image de ces sous-espaces par l'endomorphisme associé à MM :

• Pour tout x∈F1=ker⁡Mx \in F_1 = \ker M, M(x)=0M(x) = 0.

• Pour tout x∈F2⊂ker⁡M2x \in F_2 \subset \ker M^2, M(x)∈ker⁡M=F1M(x) \in \ker M = F_1. L'image se décompose uniquement sur la base B1\mathcal{B}_1 via une matrice de bloc A1A_1.

• Pour tout x∈F3x \in F_3 (M3x=0M^3 x = 0), M(x)∈ker⁡M2=F1⊕F2M(x) \in \ker M^2 = F_1 \oplus F_2. L'image se décompose sur B1\mathcal{B}_1 et B2\mathcal{B}_2 via les blocs A2A_2 et A3A_3.

En écrivant la matrice de l'endomorphisme dans cette base B\mathcal{B}, on obtient directement :

R=MatB(M)=(0A1A200A3000)R = \mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(M) = \begin{pmatrix} 0 & A_1 & A_2 \\ 0 & 0 & A_3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}

En désignant par PP la matrice de passage de la base canonique à B\mathcal{B}, on a bien la formule de changement de base :

M=PRP−1M = P R P^{-1}

Soit P∈GLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}) telle que M=PRP−1M = P R P^{-1}. En posant X=PX~P−1X = P \tilde{X} P^{-1}, l'équation s'écrit de manière équivalente sur X~\tilde{X} :

X~+RX~+X~R2=R\tilde{X} + R\tilde{X} + \tilde{X}R^2 = R

Décomposons X~\tilde{X} sous forme de blocs 3×33 \times 3 compatibles avec ceux de RR :

X~=(X1X2X3X4X5X6X7X8X9)\tilde{X} = \begin{pmatrix} X_1 & X_2 & X_3 \\ X_4 & X_5 & X_6 \\ X_7 & X_8 & X_9 \end{pmatrix}

On calcule les produits matriciels par blocs :

R2=(00A1A3000000)R^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & A_1 A_3 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}
RX~=(A1X4+A2X7A1X5+A2X8A1X6+A2X9A3X7A3X8A3X9000)R\tilde{X} = \begin{pmatrix} A_1 X_4 + A_2 X_7 & A_1 X_5 + A_2 X_8 & A_1 X_6 + A_2 X_9 \\ A_3 X_7 & A_3 X_8 & A_3 X_9 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}
X~R2=(00X1A1A300X4A1A300X7A1A3)\tilde{X}R^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & X_1 A_1 A_3 \\ 0 & 0 & X_4 A_1 A_3 \\ 0 & 0 & X_7 A_1 A_3 \end{pmatrix}

En identifiant terme à terme les blocs dans l'équation X~+RX~+X~R2=R\tilde{X} + R\tilde{X} + \tilde{X}R^2 = R, on obtient successivement :

{X7=X8=X9=0X4=X5=0,X6=A3X1=0,X2=A1,X3=A2−A1A3\begin{cases} X_7 = X_8 = X_9 = 0 \\ X_4 = X_5 = 0, \quad X_6 = A_3 \\ X_1 = 0, \quad X_2 = A_1, \quad X_3 = A_2 - A_1 A_3 \end{cases}

La matrice X~\tilde{X} solution s'écrit donc :

X~=(0A1A2−A1A300A3000)=R−R2\tilde{X} = \begin{pmatrix} 0 & A_1 & A_2 - A_1 A_3 \\ 0 & 0 & A_3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} = R - R^2

Ainsi, X=P(R−R2)P−1=M−M2X = P(R - R^2)P^{-1} = M - M^2 est bien une matrice solution.

Remarque :

La méthode par blocs permet de prouver l'existence et l'unicité par analyse-synthèse en une seule étape.

Méthode alternative (Recherche sous forme polymomiale)

Pour l'existence, on peut chercher directement la solution XX sous la forme d'un polynôme en MM, c'est-à-dire X=P(M)X = P(M) avec P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X].

Comme M3=0M^3 = 0, on peut se restreindre aux polynômes de degré au plus 2 :

P(X)=aX2+bX+cInavec (a,b,c)∈R3P(X) = aX^2 + bX + c I_n \quad \text{avec } (a, b, c) \in \mathbb{R}^3

On injecte X=aM2+bM+cInX = aM^2 + bM + cI_n dans l'équation X+MX+XM2=MX + MX + XM^2 = M en utilisant M3=M4=0M^3 = M^4 = 0 :

X+MX+XM2=(aM2+bM+cIn)+M(aM2+bM+cIn)+(aM2+bM+cIn)M2=aM2+bM+cIn+bM2+cM+cM2=(a+b+c)M2+(b+c)M+cIn\begin{aligned} X + MX + XM^2 &= (aM^2 + bM + cI_n) + M(aM^2 + bM + cI_n) + (aM^2 + bM + cI_n)M^2 \\ &= aM^2 + bM + cI_n + bM^2 + cM + cM^2 \\ &= (a + b + c)M^2 + (b + c)M + cI_n \end{aligned}

Par identification avec le membre de droite égal à MM, il suffit de résoudre le système linéaire :

{c=0b+c=1a+b+c=0  ⟺  {c=0b=1a=−1\begin{cases} c = 0 \\ b + c = 1 \\ a + b + c = 0 \end{cases} \iff \begin{cases} c = 0 \\ b = 1 \\ a = -1 \end{cases}

On retrouve ainsi la matrice X=M−M2X = M - M^2, ce qui confirme l'existence de la solution.

Remarque :

Cette méthode est plus efficace mais il faut avoir la bonne intuition au début ... et on ne démontre que l'existence

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