Cette sélection réunit des exercices choisit par Grand Maître Maxime. Cherchez d’abord à partir de l’énoncé, puis ouvrez une indication ou le corrigé lorsque vous en avez besoin.
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Exercice 1—Nombre maximal de 1 dans une matrice inversible binaire
RMS 2024
Difficulté★★☆☆☆
Énoncé
Soit E=GLn({0,1}) l'ensemble des matrices inversibles de taille n×n à coefficients dans {0,1}.
Quel est le nombre maximal de 1 que peut contenir une matrice élément de E?
Indication›
1. Montrer qu'une matrice inversible contenant trop de 1 n'est pas inversible. (On obtient une majoration du nombre maximale de 1)
2. Montrer que cette borne est atteinte.
Corrigé›
1. Majoration du nombre de 1 (Minoration du nombre de 0)
Soit M∈E. Procédons par l'absurde et supposons que M contienne strictement moins de n−1 zéro (c'est-à-dire au plus n−2 zéro).
Par le principe des tiroirs, comme la matrice possède n colonnes et qu'il y a au plus n−2 zéro dans toute la matrice, il existe au moins deux colonnes de M ne contenant aucun 0. La matrice M possède donc deux colonnes identiques (composées que de 1). Par conséquent, rg(M)⩽n−1, ce qui signifie que M n'est pas inversible, d'où la contradiction.
On en déduit donc que toute matrice de E contient au moins n−1 zéro. Le nombre maximal de 1 est alors au plus :
n2−(n−1)=n2−n+1
2. Construction d'une matrice atteignant cette borne
Considérons la matrice M∈Mn({0,1}) contenant exactement un 0 sous chaque terme de la diagonale principale (sur la sous-diagonale) :
M=101⋮1110⋱………⋱⋱111⋮10=(C1∣C2∣⋯∣Cn)
Cette matrice comporte bien exactement n−1 zéro, et donc n2−n+1 un. Montrons qu'elle est inversible en déterminant son image.
On remarque que pour tout k∈[[2,n]] :
C1−Ck=0⋮010⋮0=Ek
où Ek est le k-ième vecteur de la base canonique de Rn (avec un 1 en position k).
Par opérations élémentaires sur les colonnes, l'image de M s'écrit :
De plus, en remarquant que C1−∑k=2nEk=E1, on en déduit que :
Im(M)=Vect(E1,E2,…,En)=Rn
Ainsi, rg(M)=n donc la matrice M est bien inversible (M∈E).
Conclusion : Le nombre maximal de 1 d'un élément de E est égal à n2−n+1.
Exercice 2—Caractérisation des matrices monotones
RMS 2024
Difficulté★★☆☆☆
Énoncé
On dit qu'une matrice M (ou un vecteur) est positive si tous ses coefficients sont positifs ou nuls. On note alors M⩾0.
Soit A∈Mn(R). Montrer l'équivalence entre les deux assertions suivantes :
(i) A est monotone, c'est-à-dire A∈GLn(R) et A−1⩾0.
(ii) ∀X∈Rn,AX⩾0⟹X⩾0.
Indication›
1. Pour le sens direct (i)⟹(ii), exprimer X en fonction de Y=AX.
2. Pour le sens réciproque (ii)⟹(i) :
Pour l'inversibilité de A passer par l'injectivité.
Pour montrer que A−1⩾0, tester la condition (ii) sur des vecteurs intéressants.
Corrigé›
1. Sens direct : (i)⟹(ii)
Supposons A monotone. Soit X∈Rn tel que AX⩾0.
Posons Y=AX⩾0. Comme A est inversible, on a X=A−1Y.
En examinant la i-ième composante de X pour tout i∈[[1,n]] :
(X)i=k=1∑n(A−1)i,k(Y)k
Par hypothèse, (A−1)i,k⩾0 et (Y)k⩾0 pour tous i,k. La somme de termes positifs étant positive, on en déduit que (X)i⩾0 pour tout i, soit X⩾0.
2. Sens réciproque : (ii)⟹(i)
Supposons la propriété (ii) vérifiée.
a) Inversibilité de A :
Soit X∈Rn tel que AX=0.
Comme AX=0⩾0, l'implication (ii) donne X⩾0.
Par linéarité, A(−X)=−AX=0⩾0, donc l'implication (ii) donne aussi −X⩾0.
Un vecteur dont toutes les composantes sont à la fois positives et négatives est nécessairement nul : X=0. Ainsi Ker(A)={0}, ce qui prouve que A est inversible (A∈GLn(R)).
b) Positivité de A−1 :
Soit j∈[[1,n]] et soit Ej le j-ième vecteur de la base canonique de Rn.
Posons X=A−1Ej. On a alors :
AX=A(A−1Ej)=Ej⩾0
En appliquant l'hypothèse (ii) à ce vecteur X, on obtient X⩾0, c'est-à-dire A−1Ej⩾0.
Or, A−1Ej correspond exactement à la j-ième colonne de la matrice A−1. En notant A−1=(bi,j)1⩽i,j⩽n :
∀i∈[[1,n]],bi,j⩾0
Cette propriété étant vraie pour toutes les colonnes j∈[[1,n]], tous les coefficients de A−1 sont positifs ou nuls.
Conclusion : On a bien A∈GLn(R) et A−1⩾0, ce qui conclut la démonstration.
Exercice 3—Dimension d'un sous-espace de matrices de rang au plus 1
RMS 2024
Difficulté★★★☆☆
Énoncé
Soit E un sous-espace vectoriel de Mn(R) tel que :
∀A∈E,rg(A)⩽1
Montrer que dim(E)⩽n.
Indication›
1. Le résultat étant trivial si E={0}, fixer une matrice A∈E∖{0} (de rang 1).
2. Choisir une base adaptée à une décomposition Rn=Ker(A)⊕N avec dim(N)=1. Exprimer la matrice de l'endomorphisme associé dans cette base.
3. Étudier la structure des colonnes des matrices de E exprimées dans cette base en utilisant le fait que toute combinaison linéaire de matrices de E reste de rang au plus 1.
Corrigé›
1. Choix d'une base adaptée à une matrice de rang 1
Si E={0}, le résultat est évidents. Supposons donc qu'il existe A∈E∖{0}.
Comme rg(A)⩽1 et A=0, on a rg(A)=1. D'après le théorème du rang, dim(Ker(A))=n−1.
Soit N un supplémentaire de Ker(A) dans Rn (dim(N)=1). Choisissons une base B=(E1,…,En−1,En) adaptée à la somme directe Rn=Ker(A)⊕N.
Posons X=AEn. Puisque En∈N∖{0} et N∩Ker(A)={0}, on a X=0. La matrice de l'endomorphisme a associé à A dans la base B s'écrit :
MatB(a)=0⋮0…⋱…0⋮0∣∣∣x1⋮xn=(0∣⋯∣0∣X)
2. Structure des éléments de E dans la base B
Soit V∈E une matrice quelconque, et v son endomorphisme associé. Exprimons sa matrice dans la base B par ses colonnes :
V′=MatB(v)=(V1′∣⋯∣Vn−1′∣Vn′)
Puisque V∈E, rg(V′)=rg(V)⩽1. De plus, comme E est un sous-espace vectoriel, pour tout λ∈R, V+λA∈E, donc :
rg(V1′∣⋯∣Vn−1′∣Vn′+λX)⩽1
3. Disjonction de cas selon la famille (Vn′,X)
Cas 1 : Il existe V∈E tel que (Vn′,X) est libre.
Comme rg(V′+A)⩽1, la famille de colonnes (V1′,…,Vn−1′,Vn′+X) est de rang au plus 1. Or la dernière colonne Vn′+X est non nulle (car Vn′ et X sont libres). Ainsi, toutes les colonnes Vi′ pour i∈[[1,n−1]] doivent être colinéaires à Vn′+X ET à Vn′. Comme (Vn′,Vn′+X) est une famille libre, cela impose :
∀i∈[[1,n−1]],Vi′=0
Par un raisonnement similaire sur toute autre matrice U∈E, on montre que ses n−1 premières colonnes dans la base B sont également nulles.
Ainsi, tout élément M∈E a une matrice dans la base B de la forme :
MatB(m)=(0∣⋯∣0∣Z)=i=1∑nziMi
où Mi=Ei,n, la matrice dont la seule colonne non nulle est la dernière, égale au i-ième vecteur de la base canonique.
On en déduit que E⊂Vect(M1,…,Mn), d'où dim(E)⩽n.
Cas 2 : La famille (Vn′,X) est liée.
Il existe alors λ∈R tel que Vn′=λX.
Considérons la matrice V+(1−λ)A∈E. On a :
rg(V1′∣⋯∣Vn−1′∣X)=1
Ainsi, pour tout i∈[[1,n−1]], il existe μi∈R tel que Vi′=μiX.
Cas sous-jacent 2.1 : Si pour toute matrice V∈E, on a μi=0 pour tout i∈[[1,n−1]], alors E=Vect(A). Ainsi, dim(E)=1⩽n.
Cas sous-jacent 2.2 : On suppose qu'il existe V∈E et i0∈[[1,n−1]] tel que μi0=0. Soit un autre élément U∈E représenté par la matrice U′=(U1′∣⋯∣Un′) dans la base B. Par l'absurde, si la famille (Un′,X) était libre, alors Un′=0 et Ui0′=αUn′ avec α∈R, car on aurait alors rg(U′)=1. En étudiant le rang de la combinaison U+λA+μV∈E, les colonnes Ui0′+X et Un′ formeraient une famille liée, d'où (X,Un′) liée, ce qui est absurde. Par conséquent, la famille (Un′,X) est nécessairement liée. Chaque matrice M∈E a donc ses colonnes de la forme Mi′=ziX.
Pour i∈[[1,n]], posons la matrice Mi∈Mn(R) dont l'endomorphisme associé mi a pour matrice dans la base B :
MatB(mi)=(0∣⋯∣0∣i-ieˋmeX∣0∣⋯∣0)
On a alors E⊂Vect(M1,…,Mn), d'où dim(E)⩽n.
Conclusion : Dans tous les cas (par disjonction de cas), dim(E)⩽n.
Exercice 4—Équation matricielle X + MX + XM² = M pour une matrice nilpotente
RMS 2024
Difficulté★★★★☆
Énoncé
Soit M∈Mn(R) telle que M3=0.
Montrer qu'il existe une unique matrice X∈Mn(R) telle que :
X+MX+XM2=M
Indication›
• Pour l'unicité : Considérer deux solutions X et Y, puis exploiter les relations algébriques.
• Pour l'existence : Commencer par déterminer la forme de M.
Corrigé›
1. Unicité de la solution
On commence par l'unicité parce que c'est le plus facile
Soient X,Y∈Mn(R) deux solutions de l'équation. On a donc :
X+MX+XM2=MetY+MY+YM2=M
Par différence :
X−Y+M(X−Y)+(X−Y)M2=0
En multipliant cette égalité à droite par M et sachant que M3=0, il vient :
(X−Y)M+M(X−Y)M=0⟹(In+M)(X−Y)M=0
Comme M3=0, la matrice In+M est inversible (d'inverse In−M+M2). En multipliant par (In+M)−1 à gauche, on obtient :
(X−Y)M=0
En réinjectant (X−Y)M=0 dans l'équation initiale sur X−Y, on trouve :
X−Y+M(X−Y)=0⟹(In+M)(X−Y)=0
L'inversibilité de In+M impose directement X−Y=0, soit X=Y. D'où l'unicité.
2. Existence par réduction / calcul par blocs
Puisque M3=0, M est semblable à une matrice triangulaire par blocs de la forme :
R=000A100A2A30
Construction de la base
Cette décomposition s'appuie sur la filtration par les noyaux emboîtés kerM⊂kerM2⊂kerM3. En choisissant des bases de supplémentaires successifs, on garantit que la matrice de passage P transforme M en une matrice R strictement triangulaire par blocs.
Comme M3=0, l'espace E=Rn admet une décomposition fondée sur la suite des noyaux emboîtés : {0}⊂kerM⊂kerM2⊂kerM3=E.
On choisit une base adaptée B=(B1,B2,B3) de la façon suivante :
• B1 est une base du sous-espace F1=kerM.
• On complète B1 en une base (B1,B2) de kerM2, où B2 engendre un supplémentaire F2 de kerM dans kerM2.
• On complète (B1,B2) en une base B=(B1,B2,B3) de E, où B3 engendre un supplémentaire F3 de kerM2 dans kerM3=E.
Étudions l'image de ces sous-espaces par l'endomorphisme associé à M :
• Pour tout x∈F1=kerM, M(x)=0.
• Pour tout x∈F2⊂kerM2, M(x)∈kerM=F1. L'image se décompose uniquement sur la base B1 via une matrice de bloc A1.
• Pour tout x∈F3 (M3x=0), M(x)∈kerM2=F1⊕F2. L'image se décompose sur B1 et B2 via les blocs A2 et A3.
En écrivant la matrice de l'endomorphisme dans cette base B, on obtient directement :
R=MatB(M)=000A100A2A30
En désignant par P la matrice de passage de la base canonique à B, on a bien la formule de changement de base :
M=PRP−1
Soit P∈GLn(R) telle que M=PRP−1. En posant X=PX~P−1, l'équation s'écrit de manière équivalente sur X~ :
X~+RX~+X~R2=R
Décomposons X~ sous forme de blocs 3×3 compatibles avec ceux de R :